Cinema
[Cannes 2021, Compétition] Nitram, drame nébuleux signé Justin Kurzel

[Cannes 2021, Compétition] Nitram, drame nébuleux signé Justin Kurzel

17 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Ce portrait d’un écorché vif aux tendances violentes est bien filmé, réalisé avec un vrai œil. Mais on peut aussi le trouver déjà-vu et répétitif.

Perdu entre une mère aigrie qui ne sait que faire de lui, et un père aux portes de la dépression, Nitram est un jeune homme muré dans son incompréhension du monde, et dissimulé derrière des cheveux blonds mal coiffés. Il a souvent des réactions brutes, aux limites de la violence, face au monde qui l’entoure : un jour, il rencontre Helen, mystérieuse femme elle aussi murée dans des soucis, qui paraît l’accepter comme il est et le laisse habiter dans sa maison. Un jour, en voiture, Nitram provoque, par l’une de ses réactions, un accident suite auquel cette bienfaitrice meurt. La violence de cet inadapté va dès lors surgir plus que jamais.

C’est vrai, Justin Kurzel – révélé en France par Les Crimes de Snowtown, puis signataire de Macbeth, avec le duo Fassbender/Cotillard – a l’art de filmer la rage au poing, en taillant ses cadres de manière étudié. Surtout, il sait laisser ses images être progressivement envahies par la rage et la noirceur, en évitant toute complaisance. Son nouveau film, pourtant, apparaît de prime abord lourd. Pas du fait de la mise en scène, mais davantage à cause de la caractérisation des personnages. Encore que : le fait que la mystérieuse Helen – jouée par Essie Davis, exceptionnelle et spectrale – ne livre pas les clés de son être, et de ses yeux tristes, d’emblée, n’apparaît pas très gênant, et n’empêche pas de s’intéresser à elle et d’imaginer son passé.

C’est davantage Nitram lui-même qui passionne peu : il apparaît déjà-vu, et on le voit exprimer la violence qui l’habite au fil de scènes un peu trop longues et répétitives, dans lesquelles il se prête notamment à l’une de ses passions, en faisant exploser des pétards sous le regard d’enfants fascinés, ou de séquences il tente de trouver du travail, en s’imposant chez les gens pour tondre leur pelouse.

Une fois que le drame de l’accident le touche, et qu’il perd son amie, ses instincts brutaux remontent de plus belle, et commencent à imprégner d’autant plus les images du film. Les scènes calquent donc leur rythme et leur ton sur lui, et cela n’arrange pas vraiment les choses. Lorsqu’on le voit secouer son père – magnifique Anthony LaPaglia, tout en détresse sensible – et se mettre même à lui donner des coups, en arguant « c’est comme ça qu’il faut faire » devant sa mère, on se dit que le film va moins traîner que dans sa première partie, prendre une direction claire, tranchée et implacable. En fait, pas réellement : les séquences restent calquées sur la colère et la violence boitillante de Nitram, essayant d’avancer comme il l’entend mais se cognant tout le temps à des murs. De façon assez répétitive, donc, il se cogne, et cogne en retour, et le spectateur fatigue un peu devant cette promenade chaotique.

C’est d’autant plus regrettable que le film présente de vraies qualités, côté réalisation donc, et interprétation, avec notamment le jeu de Judy Davis également à saluer, tant elle est crédible et intense dans le rôle de la mère aux yeux fanés du héros. Et dans la peau de ce dernier, Caleb Landry Jones est très bien. Mais on ne comprend pas où tout cela veut aller : cette figure centrale apparaît déjà vue ailleurs, et sa rage aussi.  On se questionne donc sur ce dont veut réellement parler Justin Kurzel, à travers ce film…

Nitram est présenté dans le cadre du Festival de Cannes 2021, en Compétition pour la Palme d’or. Il sortira dans les salles de cinéma françaises distribué par Ad Vitam.

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2021

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Visuel : © Ad Vitam

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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