Cinema

Cannes 2019, Un certain regard : « Adam », récit engagé qui vaut surtout pour ses actrices

Cannes 2019, Un certain regard : « Adam », récit engagé qui vaut surtout pour ses actrices

26 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Son magnifique trio d’interprètes fait d’Adam un film humain et prenant, bien que son scénario – qui porte un thème essentiel – piétine parfois un peu.

Casablanca. La jeune Samia frappe à toutes les portes et demande s’il y a du travail. Lorsqu’on lui dit oui, elle demande si elle peut dormir sur place aussi. Elle est enceinte, seule, et tout le monde voit ça. Un soir, arrêtée devant la maison d’Abla, femme veuve avec une fille de huit ans, elle finit par faire éprouver à la maîtresse des lieux un peu de pitié, et dort chez elle. Le début d’une histoire commune qui va lier ces deux femmes, et la fille de la seconde…

Adam est un film dans lequel la vie est insufflée par l’exceptionnel trio d’interprètes principales. Nisrin Erradi – qui incarne Samia, « fautive » aux yeux de tous – et Lubna Azabal (actrice à la carrière prolifique, vue dans Loin de Téchiné, Un monde presque paisible ou le récent Sofia) s’opposent magnifiquement, dans le cadre exigu, à la lumière froide, de la maison de la seconde. Toutes deux incarnent puissamment, dans des registres différents, leurs personnages de femmes toujours à deux doigts d’être mal vues dans le milieu où elles évoluent, du fait de leur condition. Lubna Azabal parvient à suggérer une intense tristesse vis-à-vis d’événements passés durs. Et Nisrin Erradi évoque, par son jeu solaire et inquiet, les abymes qui l’attendent, si personne ne daigne l’aider. Entre elles, une autre performance exceptionnelle se glisse : celle de la jeune Douae Belkhaouda, qui endosse le rôle de Warda, fille d’Abla, qui assiste sa mère veuve avec énergie, et s’attache vite à la fragile Samia lorsqu’elle débarque chez elle. Naturelle et très engagée elle aussi, elle parcourt le film avec une nature d’éclair, en dégageant elle aussi de fortes inquiétudes en même temps. Incarnation des temps à venir, elle paraît porter une charge politique, également.

Au sein du magasin de pâtisseries tenue par Abla, Samia finit par s’installer et par apporter son grain de sel. Malgré le voisinage toujours à deux doigts de jaser… Si le scénario du film paraît rendre certaines séquences trop étirées et ne pas assez avancer parfois, donnant au film moins d’ampleur qu’il pourrait en avoir, le sujet empoigné par la réalisatrice Maryam Touzani reste essentiel. On parvient donc à s’attacher à ce récit, magnifiquement conduit par ses interprètes.

Geoffrey Nabavian

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2019

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Visuel : © Ad Vitam

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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