Cinema

Cannes 2019 : « Rocketman », biopic plutôt entraînant

Cannes 2019 : « Rocketman », biopic plutôt entraînant

26 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Cette vie d’Elton John, condensée sur deux heures, peut séduire du fait de ses images où soin esthétique et folie légère cohabitent, malgré un scénario sans surprise.

Vêtu d’un costume de démon rouge scintillant, au coeur d’un groupe de parole, Elton John se raconte. Musicien prodigieux dès son enfance, il s’imagine vivre dans des séquences de comédie musicale, ou diriger des orchestres dans sa chambre. En dehors de ces phases de rêve, il se heurte à une mère attachante mais distante (Bryce Dallas Howard, engagée et méconnaissable), et à un père dur et guère aimant. Pas mal filmé, bénéficiant d’une très belle photo, le début du film donne ainsi à voir des scènes aux tons contrastés, sur un rythme plutôt entraînant. Ce blockbuster présenté à Cannes 2019 Hors Compétition accroche tout d’abord.

Le jeune Reginald Dwight – son nom de naissance – devient ensuite pianiste, puis compositeur. Dès lors, la success story devient plus attendue. La rencontre avec Bernie Taupin (Jamie Bell, révélé il y a des années par Billy Elliot, et ici très convaincant), qui deviendra l’auteur des paroles de nombre de ses chansons, les difficultés pour se lancer, le surgissement d’une magnifique chanson – « Your song » en l’occurrence, qui fait l’objet d’une scène plutôt inspirée et avec de la fraîcheur, car bien jouée par l’acteur Taron Egerton – puis un concert aux Etats-Unis où quelques idées brillent, également : le film parvient, malgré sa trame très attendue, à pimenter ses scènes-phares au moyen de quelques petites trouvailles. Dexter Fletcher filme avec peu de personnalité, mais avec envie. Taron Egerton, l’interprète de la saga Kingsman qui joue ici Elton John, reste convaincant et surtout très énergique. Et les chansons sont bien servies et sonnent avec force. Même si le film ne donne que peu à sentir leur caractère particulier : il ne regarde la qualité musicale des travaux d’Elton John qu’en surface hélas

Et le succès finit par régner pour le jeune chanteur, et dès lors l’ennui s’installe un peu. Les affres dans la drogue et l’alcool de l’artiste, alors qu’il est en couple avec son manager John Reid (Richard Madden, sec et menaçant) sont peu passionnantes. Les colères et phases de déprimes d’Elton finissent par lasser. Son mariage avec Renate, ingénieure du son, ne procure pas l’attention escomptée. Si le film n’élude pas de pans de la vie du chanteur, et aborde sans problème son homosexualité, il paraît néanmoins glisser sur l’homme qu’il peint, et ne le montrer qu’à gros traits. En tant que blockbuster euphorisant, il tient la route tout du long : les scènes de concert et les extraordinaires costumes qu’elles convoquent accrochent les rétines et énergisent. En tant que portrait d’artiste, en revanche, cette production ne laisse pas un grand souvenir.

Geoffrey Nabavian

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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