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Cannes 2019, compétition : « Parasite » de Bong Joon-ho, thriller désopilant sur le fossé entre les riches et les pauvres

Cannes 2019, compétition : « Parasite » de Bong Joon-ho, thriller désopilant sur le fossé entre les riches et les pauvres

23 mai 2019 | PAR Adrien Naselli

Avec Parasite, le Coréen Bong Joon-ho signe une comédie horrifique qui pulvérise les rapports de classe entre une famille pauvre et une famille richissime. Un sans-faute.

Une heure de rire, une heure d’horreur. Tel est le pari de Bong Joon-ho, qui délaisse la science-fiction dont il est devenu l’un des maîtres du cinéma mondial avec Snowpiercer et Okja, présenté en sélection officielle en 2017 mais disponible uniquement sur Netflix – ce qui n’avait pas manqué d’agiter la Croisette.

Parasite nous présente d’abord le quotidien d’une famille pauvre de Corée du Sud qui vit dans un entresol crasseux, où les cafards pullulent. Il y a la mère, le père, le fils et la fille, chacun avec une personnalité bien trempée. L’odeur de graillon flotte dans toutes les pièces et il faut coller son smartphone au plafond pour capter un peu de 3G.

Honte sociale

La honte sociale s’invite dès le début du film, dans une scène de dîner où le fils redoute la visite d’un ami bourgeois dans son logement miteux. Pourtant, celui-ci vient avec une bonne nouvelle : il lui propose de donner des cours d’anglais à une adolescente issue d’une famille richissime. Ni une, ni deux, sa sœur lui fournit de faux diplômes et le voilà parti pour rencontrer cette maman riche, qui mène sa vie dans l’oisiveté avec une gouvernante aux petits soins, un chauffeur privé et une adoration pour son jeune fils qu’elle rêve en artiste surdoué.

Le fils embauché, il se fomente une arnaque qui aura des conséquences dévastatrices pour tout le monde. Idée de génie : il recommande sa sœur, renommée Jessica, pour donner des cours d’ « art-thérapie » au petit surdoué, enfant gâté qui obtient tout ce qu’il veut de ses parents. Puis c’est au tour du père de remplacer le chauffeur privé, et à la mère de prendre la place de la gouvernante…

Hémoglobine

La deuxième heure du film sera beaucoup moins reposante pour le spectateur. Car la maison d’architecte va se révéler moins paradisiaque et lumineuse qu’elle n’en a l’air. En cause : un bunker caché, un kidnapping qui dure depuis des années, une gouvernante licenciée bien décidée à lutter pour sa survie, et des ados qui ne veulent pas finir en taule.

Le réalisateur montre avec brio les deux réalités diamétralement opposées de ces deux familles : tandis que les riches se prélassent en regardant l’orage, les pauvres voient leur sous-sol inondé et sont hébergés d’urgence dans un gymnase. La pression monte alors subrepticement et on retrouve le Bong Joon-ho des derniers films avant même les premières effusions d’hémoglobine. Impossible de dire sur quoi repose cet équilibre subtil entre humour, satire sociale et horreur. Bong Joon-ho en a fait sa marque de fabrique. Et pour avoir assisté à la standing ovation finale, ce mardi 21 mai dans la salle du Palais des festivals à Cannes, on peut imaginer qu’il lui vaudra la Palme d’or.

© The Jokers / Les Bookmakers

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

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