Essais

« Récidive 1938 », par Michaël Foessel

« Récidive 1938 », par Michaël Foessel

23 mai 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

Michaël Foessel devient historien pour nous décrire la vie politique pendant l’année 1938, tout en gardant l’œil rivé sur 2018-2019.

Le philosophe Michael Foessel rencontre un peu fortuitement l’année 1938. Certes la répétition historique n’est pas possible mais 1938 résonne étrangement en nous. Les « conditions essentielles » qui ont rendu possible 1938 semblent à nouveau d’actualité. Michael Foessel en étudie donc la presse. Il décrit la haine brutale déjà présente dans les journaux d’extrême droite et le déferlement de la parole antisémite. Léon Blum concentre cette haine sur sa personne. L’auteur aborde la fin du front populaire en Avril puis l’alliance de Daladier avec la droite. Après le congrès du parti radical du 26 octobre Daladier devient « l’homme fort » dans un contexte de retour à l’autorité et de dépréciation du parlement. Dans un pays profondément divisé, l’acceptation de l’Anschluss puis les accords de Munich ont fait consensus. Fin 1938 la politique économique devient libérale avec l’adoption d’un plan d’austérité. Quoique signataire des accords de Munich, Daladier est conscient de la montée des périls en Europe. Les pleins pouvoirs lui sont votés le 6 octobre. Recours aux ordonnances et répression inédite de la grève du 30 novembre : face aux progrès du fascisme, la république se doit d’être autoritaire et doit promouvoir l’ordre et « la remise au travail ». Restrictions du droit d’asile, augmentation du nombre des apatrides et fermeture des frontières : les conditions d’accueil réservées aux réfugiés politiques sont de plus en plus restrictives. Citant Annah Arendt, l’auteur parle d’une contamination des démocraties par les dictatures. Et l’année 1938 se termine par la visite à Paris de Ribbentrop quelques semaines après les pogroms de la nuit de Cristal.

Michale Foessel parle du spectre de 1938, cette sombre année qui a été celle du renoncement démocratique .Elle a été aussi marquée par « la colère des imbéciles », cette colère entièrement tournée vers les classes populaires et l’ennemi de l’intérieur socialiste et communiste. Elle participe au déni vis-à-vis du fascisme et de l’Allemagne hitlérienne. L’auteur relève la clairvoyance de certains intellectuels et en particulier celle du journaliste Henri de Kerillis et de l’écrivain Georges Bernanos. Emmanuel Mounier parlait dans la revue Esprit de « pré-fascisme ». Culte du chef, repli identitaire et haine de l’autre : Michael Foessel redevient philosophe pour définir ce pré-fascisme plus psychologique qu’institutionnel.
Le contexte actuel est bien sur différent : nous vivons dans une Europe en paix, l’union soviétique a disparu et les conflits idéologiques sont moindres. Néanmoins certaines « conditions essentielles » sont bien communes aux deux périodes : le nationalisme, l’intolérance et la xénophobie, le désir d’autorité et l’antiparlementarisme. Les difficultés économiques, le libéralisme dont voulait sortir Léon Blum et l’importance des fausses nouvelles sont également présentes aujourd’hui. Le déni par rapport aux menaces les plus graves concerne également la période contemporaine.
Entre 1938 et 2018- 2019 il existe des analogies. Le but de l’auteur en écrivant « récidive » est de permettre au lecteur de « risquer un diagnostic de présent instruit par l’histoire ».

Micahaël Foessel, Récidive 1938, éditions puf, 173 pages, 15 euros, sortie en Avril 2019.
visuel : couverture de l’album

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Jean-Marie Chamouard

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