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[Cannes 2017, Hors Compétition] « Blade of the immortal » : du grand art sanglant en Sélection à Cannes

[Cannes 2017, Hors Compétition] « Blade of the immortal » : du grand art sanglant en Sélection à Cannes

19 mai 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

Pas qu’un pur délire, ce nouveau film qui vient grossir la déjà copieuse filmographie de Takashi Miike. Union impressionnante de talents et d’idées, Blade of the immortal est un film d’action et de sabre très sanglant, et particulièrement brillant.

[rating=4]

Le temps dilaté : voilà ce qui frappe d’emblée au sein du nouveau travail réalisé par Takashi Miike (Audition, Visitor Q). Blade of the immortal dure près de 2h20. La raison ? Ses scènes de combat au sabre, en partie, dans lesquelles des antihéros déchaînés affrontent des myriades d’ennemis, de manière très chorégraphiée. Et les tuent un par un. Oui, dans cette nouvelle réalisation, Miike prend le temps de faire mourir tous ses combattants. Un luxe que Cannes a décidé de récompenser, en programmant le film Hors Compétition. Inutile de dire qu’il offre un grand moment de défoulement et de mise en scène virtuose, en mettant toutes les armes tranchantes imaginables entre les mains de personnages tous plus délirants les uns que les autres. Avec beaucoup de fluidité, et sans effets appuyés qui plus est. Avec juste ce qu’il faut d’effets sanglants, pour qu’on puisse rire.

Mais Blade of the immortal ne recèle pas que du délire. Son intérêt est également de donner à voir s’agiter des personnages bien croqués, jusqu’au-boutistes, et superbement interprétés. On y suit le parcours classique d’un guerrier balafré, mais rendu immortel par l’intervention d’une femme bizarre, qui s’allie à une jeune fille maladroite pleine d’envie de vengeance pour lutter contre un jeune maître d’armes ténébreux fou de guerre… Tous les acteurs du film sont excellents, et ce quel que soit la longueur de leur rôle. Les figures centrales marquent par leurs caractères, qu’il s’agisse du dur Takuya Kimura, de la burlesque Hana Sugisaki, du beau et sombre Sôta Fukushi, ou de l’interprète du représentant du Shogunat, et de bien d’autres encore… Le temps que sait prendre Takashi Miike à une autre vertu : il permet de brillantes scènes de dialogue qui émaillent le film et ses combats, et permettent à chaque interprète de démontrer, outre son talent physique, ses aptitudes de jeu. Combattant qui raconte sa vie, autre immortel qui souffre beaucoup, experte au sabre torturée moralement : le film dessine une galerie de figures très humaines. Sort de ses tiroirs quelques blagues bien senties. Et opère un mélange très, très fin.

Avec ses cadrages, ses images et ses couleurs parfaitement léchées et bien choisies, Blade of the immortal procure un vrai plaisir de cinéphile. Pour vous asseoir dans la salle, préférez le premier rang : en fait d’effets chocs, ce sont des cris de rage, très justes, et des coups d’épée bien balancés qui vous frapperont…

Visuel : © Droits réservés

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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