Cinema

Buzz : Paranormal activity, le film d’épouvante qui intrigue bien avant sa sortie

02 décembre 2009 | PAR Romain Giuseppone

Premier film du réalisateur américain Oren Peli, Paranormal Activity nous immerge dans le quotidien d’un jeune couple de San Diego qui suspecte leur maison d’être habitée par un esprit démoniaque.

Depuis que le cinéma est devenu parlant, le film d’épouvante est un genre qui a été exploré de toutes les manières possibles. Parfois véritablement éprouvant pour les nerfs (L’Exorciste William Fredkin, Shinning de Kubrick), souvent décevant, cette strate du cinéma est un fourre -tout grandiloquent où se mêle le très bon jusqu’au navet le plus risible.

En 1981, Cannibal Holocaust de Mario Girolami lance un genre nouveau en réalisant un documentaire d’épouvante où la fiction est si réelle que la frontière avec ce dernier devient vaporeuse jusqu’à en devenir son quasi-miroir. S’en suivit une déclinaison de ces films comme le Projet Blair Witch de Daniel Myrick ou REC de Paco Plaza. Dans ce genre du cinéma, l’histoire, ce qui fait le sel de ces films, ce n’est pas le scénario aussi mince qu’une feuille de papier mais l’atmosphère pesante et la capacité des acteurs à nous immerger dans la peur continuelle d’un univers qu’ils ne peuvent maîtriser.

Paranormal Activity ne déroge pas à cette règle de base. Le film narre l’histoire d’un jeune couple qui suspecte leur maison d’être habitée par un esprit démoniaque. Pour en avoir le cœur net, il décide de mettre en place un système de caméra pour filmer l’activité nocturne et les tribulations d’un hypothétique esprit dont la genèse trouverait sa source dans l’esprit du Malin.Le film réalisé en une semaine avec 10 000 $ en tout et pour tout, est devenu un sujet de curiosité pour la plupart des spectateurs tant que l’intrigue ne leur était pas révélée.

Cependant c’est bien là où le bât blesse. Au contraire du Projet Blair Witch et de Cannibal Holocaust qui avaient su tenir en haleine le spectateur tout au long de l’aventure cinématographique, en distillant de manière parcimonieuse, des images et des indices de plus en plus inquiétants, Paranormal Activity n’invente rien et ne surprend personne. Le déroulement de l’intrigue est trop long à se mettre en place. Le spectateur aura du mal à croire un seul instant à la présence d’un esprit démoniaque, excepté l’épilogue qui donnera le cachet d’un film d’épouvante. En voulant surfer sur un genre en vogue, Oren Peli ne fait que tenter de copier sans esprit inventif. Ce film qui bénéficie d’une couverture médiatique très forte auprès de la communauté internet mondial n’est qu’un film désespérant qui justifie peu l’achat d’une place de cinéma mis à part pour les inconditionnels du genre.

En fin de compte, le successeur désigné du Projet Blair Witch se fait toujours attendre et ce n’est pas Paranormal Activity qui fera porter haut l’étendard du docu-fiction d’horreur.

Paranormal Activity, un film de Oren Peli avec Katie Featherston et Micah Sloat. Sortie prévue le 2 décembre 2009.

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7 thoughts on “Buzz : Paranormal activity, le film d’épouvante qui intrigue bien avant sa sortie”

Commentaire(s)

  • Cannibal Holocaust est un faux docu, en effet, mais il date de 1980 et est signé Ruggero Deodato. En outre, c’est un des meilleurs films d’horreur jamais réalisés, parce que même s’il réussit tout à fait à foutre les chocottes, son propos ne se borne pas à ça. Il y a une interrogation du rapport voyeur à la violence dans les sociétés blanches, singulièrement sur le mensonge médiatique. Il interroge aussi la perception des notions de barbarie/sauvagerie et de civilisation, montrant une équipe de journalistes qui vont filmer une tribu cannibale et vont exciter la colère de ses ressortissants pour obtenir les images qu’ils escomptent. Le film dénonce – en même temps qu’il semble fasciné par celle-ci – la violence du rapport colonial du Blanc aux non-Blancs, a fortiori ceux qualifiés de « sauvages ».

    L’intérêt du cinéma d’horreur ne réside pas dans l’oeuvre seule, mais dans ce qu’elle dit et dans sa façon d’employer l’horreur. Saw utilise l’alibi d’une morale religieuse pour déployer une vision réactionnaire teintée de morale protestante (avec ce vieux fond récurrent de la responsabilité et du vouloir tout puissant du seul individu & la négation des déterminismes) qui est le retour du refoulé de la violence et de la mort dans les sociétés pacifiées. Même fascination pour la chair ouverte, pour le corps subissant, que dans le porno ou tout un pan de l’art contemporain (du body art et de l’actionnisme viennois jusqu’à David Nebreda, SEMEFO ou Günther von Hagens), par ex. A l’inverse, Hotel 2, par ex, qui ressort de la « gornography » également, est un film porteur d’une vision antisexiste voire féministe et d’une critique féroce de l’américano-centrisme.

    novembre 5, 2009 at 11 h 50 min
  • Romain Giuseppone

    Tout à fait d’accord avec toi concernant Cannibal Holocaust. Mais tu joue sur les détails car il a bien été réalise en 1980, mais il est sorti un an plus tard sur les grands écrans.
    Quand a tes propos sur Cannibal Holocaust je les partage parfaitement, il permette d’enrichir mon article mais si ce n’était pas le sujet principal.
    Pour ce qui est de l’intérêt du cinéma d’horreur, dans l’absolu l’horreur doit être porteur de message ce qui n’est pas toujours le cas…
    Lorsque tu parles d’autres films d’épouvante je partage assez ton point de vue, mais tu verras que ce genre de commentaires tu ne pourras les faire sur un film comme Paranormal Activity.

    novembre 5, 2009 at 11 h 58 min
  • C’était une digression. Peut-être irai-je le voir, ma foy. :-)

    novembre 5, 2009 at 12 h 40 min
  • Giuseppone

    Ton libre arbitre jugera de lui-même la pertinence de ton déplacement. :)

    novembre 5, 2009 at 13 h 07 min

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