Cinema

The Limits of Control : le dernier Jarmusch livre l’image sans le code

02 décembre 2009 | PAR Yaël Hirsch

Dans « The limits of control », Jim Jarmusch retrouve Isaach de Bankole (« Ghost Dogs », « Coffee and cigarettes ») et lui donne le rôle d’un tueur à gage entrain d’achever une mission en Espagne. Rythmes lents, jeux de miroirs, peu de dialogues et pas d’explications pour des images superbes, et quelques scènes cocasses, le tout est à réserver aux fans de Jarmusch. Les autres risquent de fort s’ennuyer…

Un homme mystérieux, habillé d’un costume bleu impeccable et buvant toujours son double expresso dans DEUX tasses est en mission en Espagne. On comprend à mi-mots lors des conversations laconiques qu’il a avec d’autres inconnus mystérieux (dont, excusez du peu, Jean-François Stévenin, Tilda Swinton, John Hurt, Bill Murray et Gabriel Garcia Barnal) qu’il a une mission à accomplir. Le soir, il se repose dans des chambres impeccables où l’attend une superbe bimbo brune à lunettes avec qui il ne fait que dormir. Il prend des trains, plie son costume et range sa mallette, et multiplie des conversations très elliptiques avec des informateurs sans nom.

Exercice de style porté par le regard déterminé et fixe de Isaach de Bankole, « The limits of control » joue avec les nerfs et l’ignorance du spectateur. La frustration ne rend l’image dorée au soleil d’Espagne par les soins de Christopher Doyle (chef opérateur qui a notamment travaillé avec Wong Kar Wai) que plus belle. Et la répétition hypnotique des plans et des situations transmue les personnages entrant et sortant du champ en purs archétypes. Si le film n’est à recommander chaudement qu’aux fans de Jarmusch et aux cinéphiles à la patience angélique, la scène où Bankole croise Tilda Swinton en blonde platine sous son chapeau de cow-boy est un moment de réflexion (et de dialogue!) jouissif sur la vraie nature du cinéma. Lorsque Jarmusch décrit son inspiration pour le film, il dit s’être demandé ce que donnerait un remake de « Point Blank »de John Boorman par Jacques Rivette ou du « Samouraï » de Melville par Marguerite Duras… A méditer.

« The limits of Control » de Jim Jarmusch, avec Jean-François Stévenin, Tilda Swinton, John Hurt, Bill Murray et Gabriel Garcia Barnal, USA, 2008, 1h56, Sortie le 2 décembre.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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