Cinema
Berlinale : Vic + Flo ont vu un ours, l’univers étrange de la forêt et du piège amoureux

Berlinale : Vic + Flo ont vu un ours, l’univers étrange de la forêt et du piège amoureux

12 février 2013 | PAR Olivia Leboyer

Après le superbe Curling et le singulier Bestiaire, Denis Côté nous livre un film au titre ludique, Vic + Flo ont vu un ours. Du bizarre, de l’amour, des symboles, pour un film exigeant et un peu froid.

Vic + Flo, c’est un couple de femmes (Pierrette Robitaille, la soixantaine assumée et Romane Bohringer, sexy et rock à son habitude), c’est donc aussi une équation insoluble. Si l’âge les sépare, l’expérience de la prison les rapproche. Aussi leur relation se vit-elle sur le mode trouble de la dépendance. Victoria a besoin de Florence comme d’une drogue. Elle craint de ne pas lui suffire, surtout que Flo aime aussi les beaux hommes bien baraqués. Pour tout refuge, elles ont une petite cabane perdue dans les bois, propriété de l’oncle grabataire de Vic. Enfermées dans leur amour, dans leur cabane, elles se heurtent nécessairement l’une à l’autre. Le rêve forestier n’a qu’un temps et Flo aimerait bien que Vic le comprenne et la laisse s’échapper un peu. Or, voilà qu’un beau jeune homme, gay lui aussi, Guillaume, s’introduit dans leur couple pour les aider, à sa manière. Marc-André Grondin semble sorti d’un clip des Village People, regard de braise et moustache bien taillée. On comprend après quelques scènes que Guillaume est l’agent de probation de Vic. Il lui faut rédiger des rapports sur la façon dont elle reprend sa vie en main. Normalement, elle ne devrait pas avoir le droit de fréquenter une autre ancienne détenue. En fermant les yeux, c’est un « cadeau » qu’on leur fait. Le trio recompose une sorte de famille insolite et plutôt joyeuse. Une autre famille, un père et son fils, s’indignent de la présence de Vic et Flo chez l’oncle Emile, qu’ils ont aidé à survivre ces dernières années. Apparaît soudain un autre personnage, une Asiatique d’une cinquantaine d’années, au regard étrange et à l’attitude décomplexée. Cette rencontre désarçonne un peu Vic…
Le film est ouvertement conceptuel. Denis Côté se refuse à nous en dire plus sur le crime commis autrefois par Vic. Sur ses relations avec son oncle, avec son frère, nous n’en saurons pas non plus beaucoup. L’essentiel ne tient pas ici dans la narration, délibérément elliptique, presque un prétexte. Denis Côté concentre son attention sur la forêt et ses ombres, magnifiquement filmées. L’amour, vécu comme un enfermement, ne peut que prendre au piège les âmes trop sensibles et impressionnables. « Si on ne s’aime pas, alors qui ne s’aime pas ? », martèle implacablement la chanson du générique. Et peut-on jamais aimer autre chose que du vent ? Très conceptuel, très ludique, le film manque toutefois un peu de chair.
Vic + Flo sont allées voir quelques poissons enfermés dans un aquarium. D’autres couples ont vu le rayon vert. Quant à l’ours, nous ne vous en dirons pas plus… A vous de voir !

Vic + Flo ont vu un ours, de Denis Côté, Canada, 90 minutes, avec Pierrette Robitaille, Romane Bohringer, Marc-André Grondin, Marie Brassard, Georges Molnar. Sélection officielle, en compétition.

(c) Ian Lagarde

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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