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Berlinale : L’homme qui a vu Wong qui a vu l’Ours, les pronostics sur le palmarès du Festival

Berlinale : L’homme qui a vu Wong qui a vu l’Ours, les pronostics sur le palmarès du Festival

15 février 2013 | PAR Olivia Leboyer

Après une semaine trépidante à Berlin, nous allons tenter le jeu des pronostics, avec un peu de recul parisien. Sur les 19 films de la compétition, nous en avons vu 15 : nous avons loupé les 3 derniers (Harmony Lessons, film kazakh de Emir Baigazin, Nobody’s daughter Haewon de notre cher Hong Sangasoo et Elle s’en va, film français d’Emmanuelle Bercot avec Catherine Deneuve) par la force des choses, car nous n’étions plus à Berlin. Hong Sangsoo réalise toujours des films merveilleux, mais il repart souvent sans prix (ce qui est incompréhensible). Et nous avions décidé de ne pas voir Paradies : Hoffnung de l’Autrichien Ulrich Seidl, car les deux premiers films de sa trilogie, Paradies : Liebe et Paradies : Glaube nous avaient fortement déplu.

Donc, avons-nous vu l’Ours ? Nous l’espérons et nous le pensons. La compétition est assez ouverte, car il n’y a pas eu de vrai « choc » cette année. Quelques très beaux films, plusieurs bons films et quelques films vraiment moyens (Gold, The necessary death of Charlie Countryman ou Prince Avalanche).

Notre chouchou pour l’Ours d’or (nous sommes apparemment les seules, mais nous avons adoré !) est le film russe A long and happy life, de Boris Khlebnikov. L’histoire d’un jeune fermier contraint de quitter une terre dont il n’est pas légalement propriétaire. Il décide de rester et se trouve pris dans un engrenage fatal. Lui seul, en effet, demeure fidèle, ses travailleurs et sa dulcinée le quittant les uns après les autres. En contrepoint, le bruit apaisant de la rivière, thème universel, magnifiquement utilisé ici.

Mais les bruits de couloir donnent plutôt gagnant le film chilien Gloria, de Sebastian Lelio, qui nous a emballées également. Un film plein de charme et d’énergie sur une belle femme d’une soixantaine d’années qui retrouve le goût de l’amour physique et de l’aventure. L’actrice Pauline Garcia y est resplendissante. Le Président Wong Kar Wai pourrait bien être sensible à ce film anti-conventionnel et joyeux, qui glorifie l’amour et la liberté !
Sinon, nous donnerions volontiers l’Ours à Child’s Pose du Roumain Calin Peter Netzer, qui dresse le formidable portrait d’une mère possessive dans la grande bourgeoisies roumaine. Mais, là aussi, le film émeut surtout grâce à la superbe interprétation de l’actrice, Luminita Gheorghiu.
Agacées par quelques affèteries, effets de style lourds et autres marques de prétention (dans In the name of, dans Camille Claudel 1915, dans Vic + Flo on vu un Ours), nous serions ravies de voir le très beau film bosniaque An episode in the life of an iron picker, de Danis Tanovic, remporter l’Ours d’or.

Pour les prix d’interprétation, Juliette Binoche devrait logiquement l’emporter pour son rôle douloureux dans le Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont. Le film, délibérément déplaisant et heurtant, bénéficie aussi de bonnes rumeurs pour l’Ours… Sinon, Pauline Garcia (Gloria) ou Luminita Gheorghiu (Chid’s Pose) nous ont impressionnées par leur féminité forte et rayonnante !
Pour les hommes, nous verrions bien le Russe Alexander Yatsenko, avec ses beaux yeux d’enfant étonné (de notre film favori A long and happy life) ou bien le Polonais Andrzej Chyra pour son rôle de Prêtre homosexuel dans In the name of de Magolska Szumowska. Si le film a bien des défauts, l’acteur nous a vraiment émues. Et nous avons même un petit faible coupable pour Shia LaBeouf, qui n’a peur d’aucun ridicule dans le grand n’importe quoi qu’est The neccesary death of Charlie Countryman. Mais c’est personnel… (et il se livre même à une sorte de kung fu roumain dans des couloirs de métro qui pourrait épater l’ami Wong Kar Wai !).

Un Prix du Jury devrait être décerné à Jafar Panahi, pour la poésie de son Closed Curtain et pour son courage politique.
Gageons que Denis Côté ne repartira pas bredouille, son stylisé Vic + Flo ont vu un Ours pouvant bien recevoir un Prix du Jury ou bien ce fameux Prix de l’innovation remis l’an dernier au film portugais Tabou.

Pour le scénario ? Matt Damon et John Krasinski (qui, de surcroît, incarnent les deux principaux personnages) le méritent amplement pour le beau Promised land. Un film engagé, fort, extrêmement bien construit.
A moins que Gus van Sant, avec son élégance absolue, ne rafle le Prix de la mise en scène ? Mais ce Prix pourrait également revenir à Steven Soderbergh : si Side effects n’est pas inoubliable, la mise en scène est, comme toujours chez Soderbergh, très brillante.

Rendez-vous demain à 21h pour le verdict…

visuel : extrait du film favori, « Gloria » de Sébastian Lelio. Rassurez-vous, elle ne vise pas un ours…

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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