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BERLINALE : « Favolacce », les « mauvais contes » du dysfonctionnement social des déclassés

BERLINALE : « Favolacce », les « mauvais contes » du dysfonctionnement social des déclassés

26 février 2020 | PAR Samuel Petit

Deux après la présentation de leur premier film dans la section Panorama du festival, les jeunes fratelli D’Innocenzo (Fabio et Damiano) voient leur nouvelle création « Favolacce » invitée en Compétition officielle. On y suit des adolescents pré-pubères d’une banlieue pavillonnaire déclassée. Le film aux multiples facettes parvient à raconter avec justesse et complexité la même misère sociale que les Dardenne, mais sous le soleil méditerranéen.

L’intrigue se déroule de nos jours, en Italie périurbaine ou banlieue rurale, celle des pavillons de la classe moyenne déclassée. Dès les premières minutes, le film fait penser à un mélange de L’éveil du Printemps de Frank Wedekind et Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu. Choix intéressant d’esthétique, la photographie du film (Paolo Carnera) ne va d’ailleurs pas sans rappeler les photos de la série « En Somme » d’Alexa Brunet dont une a servi de couverture au Goncourt 2018. Autre parallèle avec le roman, l’intrigue se cristallise autour de l’été, saison des vacances mais au cours de laquelle on ne part justement pas en vacances et où par-là même le désœuvrement devient insupportable.

Et ce, car les parents prennent d’autant plus de place qu’à l’ordinaire. Si les femmes ne sont pas à exempter de tous reproches, au contraire, c’est tout de même surtout les hommes – les pères (Elio Germano, Gabriel Montesi et Max Malatesta) – qui brillent par leurs défauts et plus précisément par leur défaillance éducative. Un univers marqué du sceau d’une masculinité toxique : on apprend au garçon à conduire, boire, baiser et à ne pas pleurer. Il est impressionnant de voir à quel point est représentée avec justesse le poids sur les enfants de cette masculinité exacerbée : les filles pleurent, jamais les garçons qui se replient dans le mutisme. De même, les premiers émois se font à travers le prisme machiste des parents et on perçoit à quel point ce rapport au monde transmis heurte les enfants dans leur nature non corrompue.

Car de ces hommes qui, dans leur grand désespoir, nous touchent malgré tout, on ne voit pas bien ce qu’il y aurait à sauver : ils ne sont que violence, haine à l’endroit des femmes trop belles qu’ils insultent pour s’exciter eux-mêmes et combat de coqs dont les perdants sont toujours les enfants. Aussi, lors de la rentrée scolaire tant attendue, la place que prend tout en discrétion un étrange professeur (Lino Musella) s’impose comme d’elle-même. Il semble en effet être, dans cet univers social où l’enfance n’est qu’un objet de réprimande, le seul à parler aux enfants en leur manifestant de l’intérêt.

Si chaque scène est, par son jeu et sa réalisation, limpide et claire dans ses enjeux, le narratif global ne cesse pourtant étrangement d’échapper à l’entendement. Ainsi, des adultes aux enfants, les explications concédées par le scénario ne semblent étrangement pas suffire pour saisir pleinement le dénouement et laisse un excitant goût de suspicion à l’endroit du film.

 

Visuels : © Pepito Produzioni, Amka Film Production

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Samuel Petit

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