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BERLINALE : « Never Rarely Sometimes Always », jamais assez de films féministes

BERLINALE : « Never Rarely Sometimes Always », jamais assez de films féministes

26 février 2020 | PAR Samuel Petit

La réalisatrice Eliza Hittman originaire de Brooklyn propose avec  Never Rarely Sometimes Always  un film militant aussi instructif que réussi sur le parcours tumultueux d’une adolescente souhaitant avorter tout en gardant sa démarche anonyme dans l’Amérique d’aujourd’hui.

Autumn (Sidney Flanigan ) a 17 ans. Issue d’un milieu populaire de l’espace semi-rural de la Pennsylvanie, c’est une fille qui dégage quelque chose de tendre et d’assez commun pour son milieu. On apprend d’elle qu’elle va à l’école quand elle ne travaille pas comme caissière au supermarché avec sa cousine Skylar (Talia Ryder), qu’elle est assez solitaire et ne trouve que peu d’attention auprès de sa mère visiblement débordée par ses petits frères et sœurs et de son père bougre et macho, enfin qu’elle aime chanter l’amour mais que ces chansons ne s’adressent pas à un garçon en particulier. Ou alors, un certain garçon justement la provoque, l’insulte. Bientôt, on comprendra qu’elle est sans doute contre son gré tombée enceinte de lui et a bien du mal à se l’avouer, si bien qu’elle ne fait un test de grossesse que relativement tardivement.

On suivra le chemin de croix de la jeune fille du centre social prévu à cet effet le plus proche de chez elle qui se révèle être une anti-chambre de militants sociaux anti-avortements. Face au manque de soutien de toute institution, on verra la pauvre jeune fille suivre différents conseils trouver sur le net afin de le faire elle-même. Insoutenable. En plus d’être inefficace. Finalement, elle se confiera auprès de sa cousine qui l’accompagnera à New York, l’État le plus proche avec une législation lui permettant de procéder légalement à l’avortement. Ce périple semblera inarrêtable en raison des mensonges sur l’avancement de sa grossesse que lui a donné le centre « pro-life » dans son county d’origine, afin de la piéger sur les délais légaux pour avorter.

Si le film ne comportait pas une petite romance entre la cousine et un jeune homme rencontré dans le bus, ainsi quelques errances bien menées dans les rues de New-York, alors que les corps et les âmes s’épuisent à travers ce parcours du combattant, on pourrait penser à une recomposition de documentaire tant le film est précis et les deux jeunes actrices justes dans leur interprétation.

Enfin le nom du film se réfère à un des nombreux questionnaires auquel doit répondre une femme en vue d’obtenir un avortement. Des services sociaux compétents et prêtant un véritable intérêt aux femmes s’attellent à prêter main forte aux femmes se trouvant dans cette situation délicate. Ainsi, Never, Rarely, Sometimes et Always sont les différentes réponses aux questions sur les formes de harcèlement et sur les viols que pourraient subir la personne venant chercher de l’aide. Cela donne lieu à une scène bouleversante et inoubliable. Il y a moins d’un mois le collectif féministe #NousToutes lançait une grande enquête en ligne sur le consentement. Celle-ci reprenait le même modèle de questions-réponses que dans ladite scène. Ce film militant nous le rappelle bien : cela nous concerne toutes et tous.

Visuel : © 2019 Courtesy of Focus Features

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