Cinema

[Berlinale, compétition] « Knight of Cups », Terrence Malick filme le pèlerinage urbain de Christian Bale

[Berlinale, compétition] « Knight of Cups », Terrence Malick filme le pèlerinage urbain de Christian Bale

09 février 2015 | PAR Olivia Leboyer

Knight of Cups se présente comme l’envers de The Tree of Life. Cette fois, nous n’accompagnons plus le regard de l’enfant, mais celui de l’homme en pleine réussite sociale, ici non plus Sean Penn en business man mais Christian Bale en acteur à succès. Parabole biblique et quête métaphysique imprègnent toujours fortement le film, au risque de l’alourdir.

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Un début en écho à The Tree of Life, avec quelques galaxies fluorescentes, puis le retour sur Terre, où nous suivons les errances nonchalantes de Rick (Christian Bale), de fête en fête, dans un Los Angeles merveilleusement désincarné. Triste, presque évidé, Christian Bale est un acteur, silhouette séduisante et floue, qui charme et qui passe. Dans son regard mélancolique, toujours un peu au bord de la folie, on sent une fatigue inépuisable. Et Christian Bale s’épuise en ressassements, s’interrogeant avec constance sur le temps qui glisse, sur les souvenirs que l’on garde ou qui nous quittent. Et, bien sûr, sur Dieu, la souffrance humaine, la perte.

Comme dans The Tree of Life, il est question d’un frère mort, d’un père admiré et craint, d’une mère enveloppante et de nature. Le monologue métaphysique est murmuré en voix off comme un mantra, impossible à juguler. Les images, quant à elles, défilent sur un mode clip, Christian Bale enchaînant les superbes conquêtes féminines, dans des lofts de luxe, des voitures de sport, des piscines. Omniprésentes, les belles femmes nues l’entourent comme des sylphides presque irréelles à force de grâce. La grâce, la vraie, Rick la cherche inlassablement. Un jour, son père lui a affirmé qu’il avait une âme, alors il promène sa tristesse en quête de cet absolu, vérité ou reflet miroitant. D’autres, comme ce nabab décomplexé joué par un Antonio Banderas en grande forme, jouissent des plaisirs de la vie sans se poser de questions.

Pour Rick, les interrogations s’amoncellent, au fil d’un pèlerinage christique (Christ Bale ?). L’homme est ce passant inconnu, cet étranger, le premier venu. Comme Jésus, on le croise, on le reconnaît à son insignifiance. Terrence Malick cite la Bible, tout en rythmant le film par les figures du jeu de tarot (le chevalier de coupe du titre, et toutes les autres cartes), tout en évoquant la drogue, la renommée et tous les substituts de religion. Vague après vague, la tristesse demeure inchangée, ancrée. La confrontation avec le frère vindicatif et homme d’Eglise, avec la figure paternelle aveugle (Oedipe), avec les diverses facettes de la Femme (de Cate Blanchett à Natalie Portman, en passant par une ribambelle de strip-teaseuses philosophes), laissent Rick toujours aussi seul. A la recherche d’une perle dans l’Océan ou du temps perdu.

Certaines images, fulgurantes, nous marquent. Ce Knight of Cups ressemble un peu au beau Somewhere de Sofia Coppola. A d’autres moments, le ressassement, dans le flux d’images stéréotypées ou dans les incantations ésotériques, irrite. Pose ? Prétention ? Peut-être, mais assumée avec ironie. C’est ici un acteur narcissique qui s’exprime, double de Malick mais déformé. Et la transparence des rapprochements bibliques, la sincérité du questionnement, nous touchent nécessairement. D’une certaine manière, Knight of Cups est un film désarmant.

Knight of cups, de Terrence Malick, Etats-Unis, 118 minutes, avec Christian Bale, Cate Blanchett, Natalie Portman. Berlinale 2015, en compétition.

Melinda Sue (c) Dogwood Pictures

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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