Cinema
[Critique] AQuadro, un amour au carré

[Critique] AQuadro, un amour au carré

14 décembre 2013 | PAR Celeste Bronzetti

AQUADRODeux lycéens connaissent l’Amour, le Premier, le Vrai et, comme tous les adolescents, ils le vivent comme s’il était exceptionnel, unique, immense. Aquadro, le premier film de Stefano Lodovichi, nous plonge dans cet univers qui appartient à notre passé, où tout est exclusif, où tout sentiment est démesuré et les excès, inévitables.

Présenté en France dans le cadre du festival « De Rome à Paris », ce film est né en 2011 pour d‘être distribué sur internet et non pas en salle. C’est après avoir été récompensé lors d’un festival que l’opportunité de faire sortir le film du domaine du web et de le proposer au cinéma s’est présentée. « Aujourd’hui », explique Stefano Lodovichi à l’occasion de la présentation de son film au cinéma Le Balzac, « on est en train de trouver un accord pour le distribuer en Italie, ce qui n’était pas prévu au départ ».
Parce qu’AQuadro est un film qui parle du web et qui naît au cœur de la révolution apportée par Internet, un film qui se nourrit de l’usage des réseaux sociaux et des web cam sur Skype. La fièvre de tout filmer, de tout immortaliser comme si cela permettait de vivre encore plus intensément le présent, est d’autant plus dangereuse qu’elle est difficilement maîtrisable pendant l’adolescence. A seize ans, on repousse les limites jusqu’à percevoir les frontières, afin de pouvoir les dépasser ; à cet âge, on est vulnérable parce que les expériences que l’on fait nous marquent et forment notre jugement. L’adolescence est le moment où l’on commence à vivre en marge de tout modèle préconçu, où l’on rejette les règles imposées tout en étant entièrement soumis à la volonté d’appartenir à un groupe.
Alors qu’ils découvrent l’amour, Alberto et Amanda se laissent entraîner par le désir de repousser les limites de leurs expériences, au-delà du présent, au-delà de l’instant, dans une illusion d’éternité. Ils cèdent à la tentation d’essayer de vivre au carré, d’étendre la surface de leur univers jusqu’aux écrans qui les entourent. Un jour qu’ils font l’amour dans une salle du lycée, ce qui devait rester secret, est rendu public sur Youtube. Toute intimité est compromise par un geste banal de tous les jours : le clic sur « partager ».
AQuadro (A au carré en italien) est un film qui met en scène l’apparente facilité de toute communication chez la génération d’Internet. Il nous met face aux risques qui se cachent derrière cette rapidité et cette facilité d’accès à la vie privée des autres. AQuadro montre du doigt la faille de cette soif de se montrer et de partager sa vie sur le web.
A Bolzano, ville-carrefour dont l’atmosphère aide à l’abstraction, Stefano Lodovichi a trouvé l’univers idéal pour son premier film : un milieu qui ne soit pas typiquement italien, où il a pu trouver un souffle européen qui lui permette de raconter simplement une histoire particulière qui nous concerne tous.

L’intelligence du jeune metteur en scène est là : dans sa capacité de raconter délicatement, de partager avec nous une histoire d’amour avec douceur et tendresse, tout en dénonçant les conséquences tragiques que l’impératif du partage peut entraîner dans la vie de deux adolescents.

Le 15 décembre …Invitation pour fouler le tapis rouge Av. Montaigne et Rue François 1er.
Le TOP Livres 2013 de la Rédaction
Celeste Bronzetti

One thought on “[Critique] AQuadro, un amour au carré”

Commentaire(s)

  • Oreste Sacchelli

    Auparavant, Aquadro a été présenté en compétition au 36e Festival du Film Italien de Villerupt (nov. 2013). C’est à cet effet qu’Istituto Luce Cinecittà à réalisé la copie sous-titrée en français. Au demeurant, tous les films présents dans la sélection de Rome à Paris ont été présentés d’abord à Villerupt et/ou à Annecy.

    décembre 15, 2013 at 13 h 07 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *