Cinema

Après mai, Olivier Assayas filme magnifiquement le temps

Après mai, Olivier Assayas filme magnifiquement le temps

14 novembre 2012 | PAR Olivia Leboyer

Après le superbe Carlos, Olivier Assayas retourne sur les lieux de la jeunesse pour filmer un petit groupe d’étudiants. Tout en douceur, les parcours politiques, artistiques et intimes se nouent et se dénouent. Un très beau film (primé à Venise pour le scénario), à voir absolument.

Olivier Assayas filme la jeunesse des années 1970 (nous sommes en 1971, pas loin de Paris) sans nostalgie, mais avec une distance qui parvient à restituer un présent toujours enfui. Baigné d’une lumière douce, le film possède à la fois le charme des paradis perdus et les angles de la réalité.
Au début, un petit groupe d’étudiants très politisés attaque, en riposte, un poste de garde de vigiles. C’est Gilles (Clément Métayer, magnifique de présence-absence, vraie révélation du film) qui, d’une main sûre, lance le cocktail explosif. C’est le temps des convictions bien arrêtées et des certitudes. Un vigile ayant été blessé, il leur faut fuir, prendre le maquis. En Italie, Gilles, Christine (Lola Creton, qu’on avait beaucoup aimée dans Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Love) et les autres se laissent imprégner par des sensations, des idées, des envies qui, insensiblement, les portent vers des trajectoires différentes. Alain (Félix Armand) et Gilles apprennent à peindre, à dessiner, à aimer, dans un désir de conjuguer harmonieusement les rêves et la réalité. Tombé amoureux de la belle Leslie (India Salvor Menuez), Alain croit possible de « tout » avoir. Pour Gilles, qui a déjà perdu un amour, la troublante Laure (Carole Combes), les choses sont légèrement plus abîmées, dès le départ. Entre ses imaginations et le principe de réalité (une amusante scène père-fils à propos des adaptations de Simenon pour la télévision !), Gilles louvoie nonchalamment, sans trancher nettement.
Au fil du temps, la vie décide de certaines destinées sentimentales et politiques. Les séparations ont lieu sans heurts, sans cris, presque naturellement. Avec son merveilleux sens du romanesque, Assayas suit les cheminements de chacun, sans s’appesantir sur les drames. Comme toujours dans ses films (Clean, notamment), la musique est ici un personnage à part entière. Syd Barrett, mais aussi la mélancolie totale de Nick Drake, ou les compositions du musicien Johnny Flynn donnent au récit une densité et une couleur particulières.

Un grand film, où le temps des après n’en finit plus de mourir.

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Plié de rire et Vert de peur de Rachel Corenblit
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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