Cinema

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Anna Karénine de Joe Wright, un chef d’oeuvre

04 décembre 2012 | PAR Tatiana Chadenat

Le chef d’œuvre de Léon Tolstoï, Anna Karénine, est adapté une nouvelle fois au cinéma. Joe Wright, son nouveau réalisateur, lui insuffle une nouvelle tonalité, moderne et incroyablement théâtrale. Le film sort en salle mercredi 5 décembre et rend hommage à la magie du 7ème art.

Anna Karénine raconte deux histoires d’amour croisées : l’une tragique, celle d’Anna et du Comte, et l’autre édifiante, celle de Lenine et de la belle Kitty. Elles s’entrecroisent parce qu’elles commencent par un triangle amoureux – Lénine aime Kitty qui aime le Comte qui lui tombe amoureux d’Anna – mais surtout parce qu’elles évoluent respectivement de la félicité au chagrin et inversement. « Tout le monde essaie d’une manière ou d’une autre d’apprendre à aimer » expliquait Léon Tolstoï. C’est ce que le film donne à voir.

Joe Wright se concentre d’avantage sur l’épopée d’Anna Karénine (Keira Knightley). Une jeune femme modèle mariée à un haut fonctionnaire et homme d’Etat (Jude Law), occupant avec lui un statut social de taille dans les hautes sphères de l’aristocratie russe, mais que la rencontre du Comte Vroski (Aaron Taylor-Johnson) vient bouleverser. Ce dernier lui insuffle une autre façon de vivre, et d’aimer. Malgré des réticences dues à son statut de femme mariée, ils s’éprennent l’un de l’autre dans une obsession mutuelle, et sacrifient tout, en dépit des codes sociaux, et des résistances traditionnelles de circonstances de l’époque. Lénine (Domhnall Gleeson) quant à lui, jeune aristocrate et propriétaire terrien, doux et innocent, étranger à la société de Moscovite ou de St Petersbourg, s’éprend de la jeune et belle Kitty (Alicia Vikander), qui, justement trop encré dans la société de Moscou et ses règles de vie ne désire qu’une seule chose : épouser le Comte Vroski.

L’action du film se déroule dans un théâtre stylisé. Joe Wright ne voulait pas faire un simple film en costume, et en décors d’époque. Un peu avant le début du tournage, il décide d’adopter une approche plus théâtrale pour le moins réussie. Cette approche narrative, c’est la force du film. Celle dans laquelle se joue quasiment toute l’histoire d’Anna Karénine hautement symbolique de la tragédie dont elle est témoin et héroïne. Le théâtre délabré semble représenter aux yeux du réalisateur une société en perte de vitesse, aux mœurs et aux archétypes sclérosés. D’ailleurs, l’autre histoire d’amour, celle qui unit Lénine et Kitty, se déroule d’avantage à l’extérieur du théâtre pour terminer dans la campagne russe. Elle connaît une fin heureuse et véhicule des valeurs plus authentiques.

Riche de ces décors, cadres oniriques aux tableaux d’époque reconstitués par Joe Wright, le film apporte à cette nouvelle adaptation d’Anna Karénine une touche fantastique qui saute aux yeux dans certaines scènes (celles du train par exemple) et qui donne une impression de conte de fée. La scène du bal est édifiante. Les amants en devenir s’élancent dans une valse, vêtus d’une robe en taffetas noire de style Empire pour Anna, et d’un uniforme d’époque d’un blanc immaculé, pour le Comte. Ils affrontent la société affublée pour l’occasion de vêtements de couleurs pâles, symbolisant un groupe vieillissant et dépassé. Le tableau est merveilleux, le spectateur ne peut être qu’entraîné dans la danse.

Le pourquoi de cette nouvelle adaptation s’évapore dès les premières minutes du film. On se laisse emporter dans les décors, par la musique, la photographie, les acteurs. Keira Knightley rend compte d’une Anna Karénine élégante quoiqu’un peu trop retenue parfois. On redécouvre Jude Law dans le rôle de son mari. Un tour de force pour cet acteur généralement confiner aux rôles de beaux gosses. L’uniforme qu’il affiche dans un style presque monacal exprime la sagesse et la dureté d’un homme d’Etat dévoué à son travail. Il joue avec une extrême finesse le personnage de cet homme qui apporte tout à sa femme mais sans amour et sans passion, dévoilant petit à petit son humanité lorsqu’il perd sa belle Anna. Les autres acteurs – les anglais Aaron Taylor Jonhson, Domhnall Gleeson, Matthieu Macfadyen interprètent admirablement leurs personnages, et les imprègnent d’authenticité et de finesse. Enfin la suédoise Alicia Vikander, insuffle un vent de fraicheur au personnage de Kitty. Un film d’une beauté remarquable aux histoires d’amour intemporelles. Joe Wright signe ici un chef d’œuvre.

Anna Karénine – 2h 11min – Réalisé par Joe Wright, sorti en France le 5 décembre 2012.

Visuel : affiche du film Anna Karénine par Joe Wright

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Tatiana Chadenat

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