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Mon âme par toi guérie, un miracle signé François Dupeyron

Mon âme par toi guérie, un miracle signé François Dupeyron

08 octobre 2013 | PAR Laurent Deburge

Après l’émouvant et très beau « Jimmy P. » d’Arnaud Desplechin, une autre pépite d’un cinéma d’auteur français décidément en forme, est sortie sur nos écrans : le bouleversant « Mon âme par toi guérie », de François Dupeyron, qui traite également des implications de la situation thérapeutique. Aux blessures de l’âme et du corps, le « traitement » cinématographique appliqué est toutefois différent : là où Jimmy P. est un film très léché, à la maîtrise « américaine », François Dupeyron filme au plus près des acteurs sur le fil du rasoir de leur nudité d’âme, en prenant des risques de cinéma inouïs, pour notre plus grand bonheur.

[rating=5]

Frédi (sobre et massif Grégory Gadebois), a reçu de sa mère qui vient de mourir le don de guérir les gens, par imposition des mains, mais il ne souhaite pas en entendre parler. Père célibataire d’une adolescente déprimée, il vit dans une sorte de camping, à proximité de son père (Jean-Pierre Darroussin) et exerce le métier d’élagueur-arboriste grimpeur. Un accident de la route dont il est la cause efficiente va le contraindre à accepter de faire usage de ses facultés. La rencontre de Nina (gracieuse Céline Salette), une jeune femme arrivée au bout de ses larmes, posera la question de la guérison du guérisseur.

Grégory Gadebois, grand ours implosif, lunaire et lunatique, porte son personnage avec la retenue et la modestie des anges égarés. Frédi sait qu’il ne sait rien, qu’il ne contrôle rien. On dit de lui qu’il guérit, c’est possible. Ça passe, à travers lui, le fait de ressentir quelque chose ou pas, d’entendre ces mots qui font mouche, mystérieusement, de voir ce que les autres ne voient pas. Son rôle est une métaphore de l’artiste malgré lui, de l’albatros aux encombrantes ailes de géant, faisant naître une attente et un espoir démesurés.

Ce film en état de grâce est une réussite, qui tient à un casting parfait, une réalisation fraîche et libre, et à une façon tout en nuances et en pudeur de raconter une histoire, d’éclairer les êtres. Il faudrait citer tout le monde, Marie Payen, Nathalie Boutefeu, Philippe Rebbot et l’ensorcelante Céline Salette, sublime « misfit », magnifique désaxée.

Justesse, sobriété et intelligence, sensibilité des plans-séquences d’Yves Angelo qui sont autant de miracles, « Mon âme par toi guérie » relève du grand art, d’un cinéma dont la France peut s’enorgueillir, et l’on peut encore une fois remercier le producteur Paulo Branco de faire en sorte que ce genre de films existe.

Le premier long-métrage de François Dupeyron, « Drôle d’endroit pour une rencontre » (1988), traitait déjà de la solitude humaine, de l’improbabilité d’un échange sincère et de la difficulté de s’avouer notre besoin de l’autre. Ecrivain et réalisateur rare, auteur de « La Chambre des officiers » (2001) ou de « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » (2003), François Dupeyron a été souvent nominé aux Césars, pour ce dernier opus, une consécration serait amplement méritée.

Mon âme par toi guérie. Un film de François Dupeyron, avec Grégory Gadebois, Céline Salette, Jean-Pierre Darroussin, Marie Payen, Philippe Rebbot, Nathalie Boutefeu, Agathe Dronne. 2h04. Sorti le 25 septembre 2013. Site officiel du film. 

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Laurent Deburge

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