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“McQueen”, portrait royal d’un iconoclaste de la haute couture

“McQueen”, portrait royal d’un iconoclaste de la haute couture

15 mars 2019 | PAR Alexis Duval

Loin d’être hagiographique, le documentaire bouleversant signé Ian Bonhôte et Peter Ettedgui donne toute l’envergure du créateur, de ses débuts londoniens à son suicide en 2010. Un coup de cœur.

Enfant terrible, trublion, personnalité irrévérencieuse, sauvageon de la mode, créateur punk, espiègle et fulgurant… Les qualificatifs sont légion lorsqu’on pense à Lee Alexander McQueen, couturier de génie qui a fait les riches heures de la mode jusqu’à son suicide en 2010. On ne pouvait imaginer plus vibrant hommage que le documentaire que lui ont consacré Ian Bonhôte et Peter Ettedgui.

Alexander McQueen est un personnage de tragédie. En cinq actes de sa vie, le film montre parfaitement l’ascension et la chute d’un homme né dans un quartier populaire de l’Est londonien. Ce sont sa passion et son assiduité au travail qui ont propulsé Alexander McQueen des ateliers de couture de Savile Row, prestigieux écrin du tailoring britannique, aux podiums internationaux et à la tête de la maison Givenchy.

“What is fashion ? My life” : “qu’est-ce que la mode ? Ma vie.” C’est ainsi que le créateur définissait son univers. McQueen aimait la mode, McQueen vivait la mode, McQueen était la mode. Interviewés pour les besoins du film, ses proches amis, sa sœur et son neveu décrivent un être ultrasensible et obsessionnel dans son approche artistique. Un acharné qui travaillait des heures et des heures pour trouver le bon matériau, la bonne forme, la bonne texture… Un esthète d’un genre nouveau.

Un art cathartique

Car Alexander McQueen était un casseur d’images, un briseur de codes et de conventions. “Entre trahison et tradition”, entend-on dire dans le film. Pétris de références à l’histoire ou à la mythologie (un hommage à sa mère, qui en était passionnée), ses défilés se jouaient des frontières entre les arts. Le documentaire s’ouvre sur “Jack l’Eventreur traque ses victimes” et se clôt sur “L’Atlantide”.  Des univers autour desquels il créait des tenues incroyables et des scénographies à couper le souffle. Des opéras de mode dont les quelques extraits sont beaux à en pleurer.

Son éclectisme, il le tenait de ses origines, que jamais il n’oubliait. C’était là sa force et sa faiblesse. Loin d’être hagiographique, McQueen dessine le portrait d’un créateur exceptionnel parce que fragile et excessif. Les témoignages de son premier cercle que le film donne à voir sont édifiants et leur insertion dans le récit de sa vie force l’admiration.

“J’allais jusqu’au bout de mon côté sombre pour sortir ces horreurs de mon âme et les mettre sur le podium”, confiait-il. Cathartique, son art lui permettait d’expier ses erreurs, en même temps qu’il lui en faisait commettre. Les relations d’amour et de haine avec Isabella Blow en sont un exemple. La journaliste a été sa marraine de mode, son amie, avant d’être évincée de son cercle. Sa mort en 2007 a terriblement bouleversé McQueen, qui lui a dédié l’émouvant défilé « La Dame bleue ».  

Comme dans un film à clés de Peter Greenaway

Si le documentaire est aussi riche, c’est parce que Bonhôte et Ettedgui ont obtenu l’accès – en ayant recours à toute la diplomatie du monde – à des innombrables archives vidéo filmées par le couturier ou par ses proches. Des moments de vie au cœur de l’intimité du créateur, de l’homme, de l’amoureux. Des séquences en apparence anodines, mais qui donnent en réalité toute son envergure et son humanité au personnage ainsi qu’à ses amis proches et ses courtisans.

Et comment envisager musique plus idoine que celle de Michael Nyman, inventeur de la musique minimaliste et créateur iconoclaste lui aussi, pour accompagner le destin d’Alexander McQueen ? Le spectateur avance dans le documentaire comme dans un film à clés de Peter Greenaway, Meurtre dans un jardin anglais ou Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant. Dont le compositeur n’est autre que… Michael Nyman. La boucle est bouclée.

Alexander McQueen n’avait pas de royal que le nom. Il était un roi. C’est ce que suggère d’ailleurs avec une ironie savoureuse le générique de début, où le spectateur gravite autour d’objets symboliques, tel un crâne serti de bijoux. Comme dans une vanité du XVIIe siècle. Et surtout comme dans The Crown, la série qui retrace la vie… d’Elizabeth II. Mais comme tout roi, il était avant tout un être irrémédiablement humain. 

McQueen, documentaire de Ian Bonhôte et Peter Ettedgui, en salles le 13 mars.

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