A l'affiche

Le Palais de la Femme

07 octobre 2010 | PAR Laurent Deburge

Au 94 de la rue de Charonne est sis un édifice formé de pierres meulières et de briques roses au nom évocateur : le Palais de la Femme. Au flâneur lubrique qui serait attiré par ce titre fellinien : halte-là !

L’homme n’a pas ici droit de Cité. Car il s’agit d’un établissement de l’Armée du Salut destiné originellement à l’hébergement des jeunes femmes seules en grande difficulté. Que ce lieu soit réservé à la gent féminine ne date pourtant pas d’hier, puisqu’à cet emplacement existait l’ancien Couvent des Filles-de-la-Croix, communauté dominicaine établie en 1641 sur un vaste domaine de quarante-deux hectares.
Il est pourtant un homme et non des moindres, qui seul ait droit de séjourner parmi les fleurs : le génial Hercule Savinien Cyrano de Bergerac. L’amoureux secret de sa tendre cousine, la Précieuse Roxane (selon Rostand) ; l’auteur de L’Autre Monde (1657-1962), premier ouvrage de science-fiction, qui visita le Soleil et la Lune, aurait été inhumé en 1655 dans le cimetière du Couvent, privilège accordé par sa tante, la prieure Catherine de Cyrano. Fervent lecteur, il reposerait « sous le meuble du fond de la Bibliothèque. » Les religieuses sont expulsées en 1792, ne reviennent qu’en 1825. Le percement de la rue Faidherbe, en 1888, amputant le domaine, conduit à la fermeture du couvent puis à sa démolition en 1906.

Ironiquement, l’actuel bâtiment édifié en 1910 fût d’abord un « hôtel populaire pour hommes célibataires », établissement pionnier en France, dans le cadre du Groupe des Maisons Ouvrières. C’est l’œuvre de la riche mais discrète Amicie Lebaudy, née Piou, qui consacra son argent « sale » à des œuvres sociales. Elle voulait ainsi expier les malversations financières de son « grand coquinos » de mari, qui aboutirent en 1882 au krach de l’Union Générale, cette banque catholique dont l’effondrement inspira L’Argent à Zola (1891).

Hôpital de guerre à partir de 1914, puis bureau du Ministère des Pensions, l’immeuble est racheté en 1926 par l’Armée du Salut. Les grands travaux de modernisation achevés il y a deux ans et largement subventionnés, ont nourri quelques controverses, du fait de l’évolution des conditions d’accueil. Le lieu s’est ouvert également aux étudiantes et travailleuses, dans un souci de mixité… sociale.

[mappress mapid= »9″]

Le gymnase Japy
La fête de la Science aura lieu sur scène et en bord de Seine du 21 au 24 octobre
Laurent Deburge

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *