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[Interview] Solène Rigot et Simon Leclère pour « Les Révoltés »

[Interview] Solène Rigot et Simon Leclère pour « Les Révoltés »

14 juillet 2015 | PAR Olivia Leboyer

Les Révoltés s’attaque à la question sociale, mais c’est aussi un film noir, un polar, une histoire d’amour. Simon Leclère, dans son premier long-métrage, joue avec les genres et filme les ouvriers sans jamais les réduire à leur seule profession. Nous avons rencontré Simon Leclère et Solène Rigot pour parler de ce film poétique et attachant. A découvrir en salles dès le 15 juillet (revoltes-5
href= »http://toutelaculture.com/cinema/a-laffiche/article-partenaire-les-revoltes-un-premier-long-metrage-plein-de-seve-en-salles-le-15-juillet/ »>voir notre critique).

Dans votre film, le social et le romanesque se mêlent, à parts égales. Comment avez-vous pensé cet équilibre ?

Simon Leclère : Je ne voulais pas réaliser un film « social », où les personnages seraient uniquement caractérisés par leurs fonctions professionnelles. Ce qui m’intéressait, c’était aussi la vie en dehors de l’usine. Il y a d’ailleurs très peu de scènes d’usine : quelques unes, emblématiques des rapports de domination à l’œuvre dans le monde d’aujourd’hui. La nature est très présente, le fleuve, les sous-bois. Ces deux pôles, l’usine et la nature, sont également majestueux et menaçants. Les deux univers se télescopent, entrent en résonance. L’usine constitue l’épicentre, le point aveugle du film mais pas son seul ancrage.

Oui, on sent une tension, une sorte de fatalité, tout au long du film.

Simon Leclère : Les Révoltés est un film tendu, noir. Le rapport au temps est sensible, on est dans une forme d’urgence. Le jeune acteur Paul Bartel (qui incarne Pavel, le personnage central) possède, dans son physique et son énergie, cette ambivalence : très vivant, fougueux et, en même temps, fragile. Pavel est le révolté de l’histoire mais l’on peut dire que tous les personnages sont, à leur manière, des révoltés. Ils incarnent différents types de révolte : Pavel accède à une conscience de l’injustice, son père, syndicaliste, représente une révolte plus discrète, plus systémique, la jeune Anja (que joue Solène Rigot) est en révolte contre le déterminisme d’un destin tout tracé, enfin la révolte de Maciek (incarné par le formidable Gilles Masson) est dirigée avant tout contre lui-même, nourrie par des années de renoncements, de compromissions.

Solène, votre personnage est sans doute le plus libre du film, mais il est aussi pris dans des dilemmes et un certain enfermement. Cette Anja est moins solaire et insouciante que la Mélodie du film de Guillaume Brac, Tonnerre (voir notre critique). Comment l’avez-vous jouée ?

Solène Rigot : Pour chaque scène, il y a une émotion particulière, qui correspond à un état du personnage à ce moment-là. Je ne me suis pas imaginé toute la vie d’Anja, comme quelque chose de linéaire. J’ai éprouvé, selon la scène, des sentiments ou réactions différents, parfois contradictoires.

Simon Leclère : Ce que j’ai d’ailleurs aimé chez Solène, quand je l’ai rencontrée la première fois, c’est ce côté insaisissable, un peu flou. Je ne savais pas exactement qui elle était et il me semblait qu’elle pouvait se révéler très surprenante. A l’époque où je l’ai choisie, Solène n’avait pas tourné tous les films qui l’ont fait remarquer depuis (Lulu femme nue, Tonnerre…). Je l’avais vue dans 17 filles et Renoir. Quand on s’embarque dans la longue aventure d’un tournage, autant que les acteurs soient pleins de surprises ! Paul Bartel m’a frappé, il avait vraiment la vitalité du personnage et, avec Solène, le couple fonctionnait bien. Quant à Gilles Masson (qui incarne Maciek), c’est là aussi une très belle rencontre. Je voulais un acteur qui ait quelque chose d’un ogre, mais capable de douceur aussi.

La structure du film est très originale : la scène d’ouverture semble une scène finale, mais le récit ne cesse de basculer.

Simon Leclère : Oui, et dans le scènario de départ, il y a sept ou huit ans déjà, les aller-retours entre passé et présent étaient constants. La structure du récit était beaucoup plus éclatée. Au fil du temps, j’ai resserré l’écriture, sacrifié des personnages, le scénario s’est considérablement réduit. Il y a des ellipses. Mais le cœur du film, les thèmes et les questions, demeurent et ressortent avec plus de force.

Cette question sociale, que porte le film, correspond-elle au diagnostic de Pierre Bourdieu?

Simon Leclère : La reproduction est évidemment à l’œuvre encore aujourd’hui, oui. Dans le film, le jeune Pavel prend conscience des mécanismes de domination. Au début du film, il est assez dépolitisé, je voulais montrer cet aspect-là de la jeunesse actuelle, peu liée aux traditions syndicales, à l’histoire, à la conscience de classe. Pour la représentations des patrons, des dominants, j’ai eu d’abord un peu peur de verser dans la caricature ou le manichéisme mais, en fait, la réalité est manichéenne. Les oppositions tranchées, dans les habitus, les modes de vie et les mentalités, existent. Bien sûr, plus la mondialisation s’étend et plus les patrons perdent leur statut de décideurs tout-puissants, ils sont eux-mêmes aux ordres des actionnaires.

Quels sont vos projets ?

Simon Leclère : Selon les jours et l’humeur, le projet du deuxième film évolue. Pour l’instant, c’est ce film-ci qui me tient à cœur !

Solène Rigot : Je fais partie du casting du prochain film de Gustave Kervern et Benoît Delépine, Saint-Amour. Et puis j’ai tourné dans plusieurs courts-métrages de jeunes réalisateurs. Parallèlement, je travaille avec mon groupe de musique Mr Crock (la musique des Révoltés est une musique originale mais on y entend aussi des morceaux de Mr Crock, lorsque les jeunes personnages écoutent leur autoradio).

Merci beaucoup pour cet entretien et surtout pour ce film, poétique et émouvant !

Merci à vous!

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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