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« L’île au trésor », Guillaume Brac explore les petits bonheurs de Cergy-Pontoise

« L’île au trésor », Guillaume Brac explore les petits bonheurs de Cergy-Pontoise

29 juin 2018 | PAR Olivia Leboyer

De Guillaume Brac, nous avions adoré le moyen métrage Un monde sans femmes, et le premier long, Tonnerre, explorations sentimentales ancrées dans des paysages au charme incertain. Avec L’île au trésor, il livre un documentaire très sensible, en réalisant une plongée dans le centre de loisirs de Cergy-Pontoise. Le film sort le 4 juillet, nous vous le recommandons vivement.

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L’île au trésor s’ouvre et se clôt à hauteur d’enfants : en ouverture, une petite bande de gamins tente d’entrer sans payer dans le centre de loisirs ; au dernier plan, nous épousons le regard émerveillé qu’un garçon et son petit frère portent sur la pelouse de Cergy-Pontoise. Paysage un peu triste, semi-artificiel, mais qui conserve quelque chose de sauvage et d’émouvant, malgré tout. Un habitant de longue date de cette banlieue confie à la caméra que le coin a bien changé mais que, néanmoins, « en fermant très fort les yeux, on a l’impression d’être au Paradis ». Ici, Cergy n’est plus cette ville nouvelle, lieu des marivaudages d’Eric Rohmer, mais un territoire hybride, que Guillaume Brac cartographie avec tendresse et simplicité.

Un titre à la Stevenson, pour une exploration en liberté des désirs et des petites joies de l’été. Si l’espace est limité, quadrillé par les vigiles du centre, il recèle des trésors pour qui prend le temps d’observer et d’écouter la ronde des non-vacanciers venus, pour une journée, chercher un peu d’évasion. Car la base de Cergy-Pontoise est le lieu de vacances des enfants qui ne partent pas, qui n’ont peut-être jamais vu la mer. Aucun misérabilisme ici : Guillaume Brac porte sur les clients du centre un regard direct, humain. Qu’il recueille les confidences d’un prof à la retraite ou d’une famille afghane réfugiée en France, il porte la même attention. Les récits, les petites tranches de vie pétillantes, s’enchaînent avec grâce, soutenues par un joli fil musical, un peu mélancolique (musique de Yongjin Jeong).

Sous nos yeux, ce parc d’animations prend par instants des allures de royaume interdit. Lorsque les jeunes qui y travaillent s’amusent à enfreindre les règlements, sautant de points dangereux ou déjouant le parcours des vigiles, ils ont l’impression de vivre une aventure. Les plans drague balisés, par moments, retrouvent aussi une fraîcheur touchante. Employés du centre ou clients paraissent, tour à tour, enfermés dans un quotidien dur, ou exaltés par un brusque sentiment de liberté. La banalité et le merveilleux alternent, formant une étrange harmonie.

L’île au trésor, de Guillaume Brac, France, 1h37, musique de Yongjin Jeong, sortie le 4 juillet 2018.

visuel : ©Les films du Losange

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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