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[Critique] « Rich Hill », documentaire saisissant sur le quotidien de trois garçons paumés dans l’Amérique profonde

[Critique] « Rich Hill », documentaire saisissant sur le quotidien de trois garçons paumés dans l’Amérique profonde

19 juin 2014 | PAR Hugo Saadi

Le duo Andrew Droz Palermo et Tracy Droz Tragos nous emmène au fin fond du Missouri et plus précisément à Rich Hill, une ville pauvre du Midwest. A travers ce documentaire on suivra le quotidien de trois jeunes garçons livrés à eux-mêmes où les liens familiaux leur permettent de rester sur le droit chemin. Attachant, construit et sans tomber dans le voyeurisme, Rich Hill propose une saisissante chronique de vie.

 [rating=3]

Dans cette ville de 1396 habitants, la caméra des deux réalisateurs va s’attarder sur Andrew, Appachey et Harley. Après un rapide état des lieux de la petite bourgade, on découvre le portrait des jeunes garçons. Andrew tente de survivre avec sa jeune sœur, sa mère handicapée et son père qui refuse de trouver un emploi stable. Ils sont donc contraints de vagabonder de maison en maison, de ville en ville. Appachey, 13 ans a été abandonné par son père à l’âge de six, il souffre de TOC, fume et est bipolaire. Sa mère n’a plus le courage de s’occuper de lui et le laisse alors livré à lui-même. Enfin, Harley vit avec sa grand-mère depuis que sa mère est en prison après avoir tenté de tuer son ex-mari qui a violé Harley. Ces trois garçons ne jouissent donc pas d’une jeunesse normale. Ils vivent dans des habitats délabrés, sont délaissés, marginaux, perdus et turbulents à l’école donc contraints d’errer le plus souvent dans la rue sans un but précis tels des vagabonds mangeant chez Burger King et vêtus de jeans et t-shirts troués.

Dans Gummo, Harmony Korine se livrait à une série de sketches sur les jeunes marginaux d’un petit patelin de l’Ohio. Ici, les deux réalisateurs souhaitent saisir une réalité connue de tous, mais trop souvent mise sous le paillasson aux États-Unis. Le traitement du sujet est fait de sorte que l’on passe d’un jeune à un autre au cours du documentaire telle une boucle où l’on va suivre pendant presque un an les soubresauts de la vie des trois garçons au futur embrumé. Bien qu’ils soient très isolés du monde, les jeunes se retrouveront très rarement seuls devant la caméra afin de témoigner de la proximité qui existe avec les quelques pièces familiales dont ils disposent. Loin d’être gai, Rich Hill est malgré tout parsemé d’épisodes joyeux vécus par le trio comme lors des feux d’artifice de la fête nationale, d’un match de football américain ou des farces d’Halloween. C’est dans ces moments-là que l’on ressent le décalage qui existe avec les autres enfants. Il en va de même lorsque l’on s’introduit dans la vie scolaire des ados pour qui les études ne sont plus une priorité désormais. Après être entré dans leur intimité, la caméra se fait de moins en moins ressentir et on commence alors à s’attacher à eux. Il manque cependant un petit quelque chose à Rich Hill pour être plus qu’un simple documentaire contemplatif. Il en résulte tout de même une belle chronique de vie intimiste et touchante.

Film présenté en compétition dans le cadre du Champs-Élysées Film Festival.

Rich Hill, un film de Andrew Droz Palermo et Tracy Droz Tragos, documentaire, 1h33. Pas de date de sortie.

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Hugo Saadi

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