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[Critique] « Qui a tué Ali Ziri ?» documentaire militant sur les violences policières en France

[Critique] « Qui a tué Ali Ziri ?» documentaire militant sur les violences policières en France

11 octobre 2015 | PAR Gilles Herail

Le film de Luc Decaster n’aidera pas à résoudre les questionnements de l’affaire « Ali Ziri » qui avait vu un retraité maghrébin de 69 ans décéder dans des circonstances troubles après une interpellation musclée. Qui a tué Ali Ziri passionne en revanche en retraçant le combat politique des collectifs citoyens qui militent contre l’impunité des violences policières en France.

[rating=3]

Synopsis officiel : Ali Ziri, un homme de 69 ans, décède le 11 juin 2009 après son interpellation par la police nationale à la suite d’un contrôle routier à Argenteuil. «Arrêt cardiaque d’un homme au coeur fragile», déclare le Procureur de Pontoise. Appuyant la famille qui vit en Algérie, un collectif d’Argenteuillais demande une contre-expertise. Deux mois plus tard l’institut médico-légal révèle 27 hématomes sur le corps d’Ali Ziri. Pendant cinq années, le cinéaste a suivi les pas de ceux qui demandent « Justice et vérité » après cette mort, ignorée des médias, mais que certains considèrent comme un lynchage digne des pires périodes de l’histoire.

La mort d’Ali Ziri à la suite d’une interpellation policière pour conduite en état d’ébriété date de 2009. Mais les actions en justice de la famille du défunt et du collectif  » Vérité et justice pour Ali Ziri » n’ont toujours pas abouti. Le documentaire de Luc Decaster revient sur cette « affaire » devenue symbole de la lutte contre les violences et les abus policiers en France. Un thème sensible remis à l’ordre du jour après le décès de Zyed et Bouna, qui avait déclenché les émeutes de 2005. Qui a tué Ali Ziri n’effectue que partiellement son travail de contre-enquête, se contentant de donner la parole à la famille de la victime et au collectif la défendant. On aurait aimé plus de distance par rapport au sujet, des entretiens avec les parties « adverses » et un travail de recherche plus sérieux. Luc Decaster a clairement choisi un angle militant et les spectateurs cherchant à se faire un avis sur les circonstances de la mort tragique d’Ali Ziri auront peu d’éléments à se mettre sous la dent.

Le cinéaste passionne en revanche en s’intéressant à la naissance d’un collectif citoyen cherchant à faire émerger la vérité et à dénoncer les violences policières. L’impunité des abus policiers reste en effet un véritable tabou en France (voir l’article du Monde en 2014 sur l’absence de statistiques sur le sujet) et l’émotion provoquée par la mort d’un retraité de 69 ans avait permis à l’époque de mobiliser la population locale. Avec des marches silencieuses regroupant aussi bien des chibanis que des jeunes, des militants ou des associatifs. Le cinéaste a suivi le travail du collectif pendant plusieurs années et c’est ce témoignage qui fait la force du film. Qui montre l’essoufflement progressif de la mobilisation au delà des personnes les plus investies. La désillusion face aux décisions de justice qui évitent soigneusement de relancer l’enquête. La colère face à la trahison du maire d’Argenteuil cédant aux pressions pour faire enlever la stèle hommage à Ali Ziri.

Luc Decaster capte très bien les difficultés d’organisation d’un collectif citoyen qui cherche à éviter la récupération par les partis politiques traditionnels. Un mouvement qui doit gérer les tensions entre population locale et police, des divisions stratégiques internes, et une attention médiatique forte. Le film ouvre également sur les affaires similaires, en montrant comment les collectifs de victimes de violences policières tentent de s’épauler pour que justice soit rendue. Le documentaire se termine sur une note pessimiste, avec l’image d’une militante envahie par la lassitude, qui ne sait comment mobiliser ses troupes et finit abruptement son discours pour reprendre une marche silencieuse. Sans illusions sur les chances de succès de combats de longue haleine souvent perdus d’avance.

Gilles Hérail

Qui a tué Ali Ziri, un documentaire français de Luc Decaster, durée 1h31, sortie le 07/10/2015

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