A l'affiche
[Critique] « Fatima » de Philippe Faucon. Magnifique portrait d’une femme d’origine maghrébine en France

[Critique] « Fatima » de Philippe Faucon. Magnifique portrait d’une femme d’origine maghrébine en France

11 octobre 2015 | PAR Gilles Herail

Le nouveau film de Philippe Faucon après La Désintégration et La Trahison, permet au réalisateur de continuer à explorer des thématiques qui lui sont chères. Le cinéaste nous revient avec un magnifique portrait de femme, un journal intime d’une grande douceur qui aborde avec beaucoup de sensibilité le quotidien d’une femme de ménage d’origine maghrébine et de ses filles. A voir absolument.

[rating=4]

Synopsis officiel : Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont sa fierté, son moteur, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés. Un jour, elle chute dans un escalier. En arrêt de travail, Fatima se met à écrire en arabe ce qu’il ne lui a pas été possible de dire jusque-là en français à ses filles.

Après la guerre d’Algérie dans La Trahison et la tentation de l’islamisme dans La désintégration, Philippe Faucon continue son exploration des rapports entre la France et le Maghreb et des relations entre parents immigrés et enfants de la deuxième génération. Le cinéaste a décidé de mettre à l’honneur une figure que l’on n’a pas l’habitude de voir au sein du cinéma hexagonal. Une femme originaire du Maghreb, entre 40 et 50 ans, vivant depuis longtemps en France, où ses deux filles sont nées. Une mère qui mise tout sur leur réussite, quitte à mettre de côté sa vie de femme. Avec un seul objectif : leur permettre de devenir « quelqu’un » pour échapper aux humiliations qu’elle a subies. Fatima prend la forme d’un journal intime, dévoilant petit à petit un personnage qui s’éloigne de la figure réductrice de la « mère courage » sacrificielle. Les scènes prennent le temps d’entrer dans la vie d’une femme d’apparence effacée, au français hésitant. Une « invisible » à qui le film donne de la profondeur.

Philippe Faucon souhaite dépasser cet effacement de façade en nous invitant à comprendre ses choix, écouter ses pensées, découvrir les mots qu’elle pose pour exprimer son ressenti. On retrouve ici la belle idée du Hérisson : prendre le point de vue d’un personnage qui souhaite se fondre dans le décor mais n’en pense pas moins, cachant une subtilité que personne n’a la curiosité de déceler. Le script met au premier plan une femme qui existe par elle même, et pas seulement comme épouse, mère, ou victime. L’actrice Soria Zeroual donne beaucoup de dignité à ce personnage dont l’apparente douceur cache une passionnante complexité. Une immense fierté de voir ses filles parfaitement intégrées. Une réticence à les voir s’éloigner de leur culture d’origine, à prendre des distances avec la religion. Une honte profonde de ne pouvoir les rendre fières et de les aider autant qu’elle le souhaiterait.

Fatima évoque avec beaucoup de finesse ce sentiment d’humiliation que peuvent ressentir les premières générations d’immigrés face à leurs enfants, qui maitrisent la langue et ses nuances, connaissent les codes du pays d’accueil, accèdent à d’autres aspirations. La « mère courage » va devoir accepter d’être fatiguée, confesser son besoin de temps pour elle. Ne pouvant se débarrasser d’une douleur au bras qui n’est expliquée par aucun symptôme physique, elle va commencer à se raconter en rencontrant une psychologue. Qui la fera écrire, en arabe, sur ces « Fatimas » que personne ne semble remarquer mais qui sont pourtant indispensables à la société. Fatima est un film d’une grande sensibilité, qui aborde des thématiques passionnantes sur les relations entre une mère immigrée et ses enfants, le racisme ordinaire et le mépris de classe dont elle est quotidiennement victime.

Philippe Faucon esquisse également des pistes intéressantes sur le parcours des deux filles (qui auraient peut-être mérité un film à part entière). L’une ado en rébellion ne se laissant pas marcher sur les pieds, l’autre jeune étudiante en médecine qui veut à tout prix éviter de décevoir sa mère. Ne vous laissez pas rebuter par une bande-annonce qui peut paraitre aride, Fatima est une chronique fine mais accessible, un film profond qui pourra toucher beaucoup de spectateurs. Surement l’un des plus beaux portraits de femme vus au cinéma depuis le bouleversant Party Girl.

Gilles Hérail

Fatima, un drame de Philippe Faucon avec Soria Zeroual, Zita Hanrot et Kenza Noah Aïcheun durée 1h19, sortie le 07/10/2015

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films
Box-Office France semaine : 245000 entrées pour Everest toujours leader devant Marguerite
[Critique] « Qui a tué Ali Ziri ?» documentaire militant sur les violences policières en France
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *