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[Critique] « Nebraska » d’Alexander Payne : L’Amérique rurale et la vieillesse magnifiées avec humour et tendresse

[Critique] « Nebraska » d’Alexander Payne : L’Amérique rurale et la vieillesse magnifiées avec humour et tendresse

03 avril 2014 | PAR Gilles Herail

Humble dans ses ambitions, Nebraska est une petite merveille. Extrêmement drôle, émouvant, entêtant et profondément humain, nous voilà réconcilié avec Alexander Payne qui livre ici son meilleur film. 

[rating=5]

Synopsis: Un vieil homme, persuadé qu’il a gagné le gros lot à un improbable tirage au sort par correspondance, cherche à rejoindre le Nebraska pour y recevoir son gain… Sa famille, inquiète de ce qu’elle perçoit comme le début d’une démence sénile, envisage de le placer en maison de retraite, mais un de ses deux fils se décide finalement à emmener son père en voiture chercher ce chèque auquel personne ne croit. Pendant le voyage, le vieillard se blesse et l’équipée fait une étape forcée dans une petite ville en déclin du Nebraska. C’est là que le père est né. Épaulé par son fils, le vieil homme retrace les souvenirs de son enfance. 

On avait effectivement Mr Payne en de bien mauvais termes. Avec son Descendants encensé par la critique américaine malgré son absence d’enjeux et sa superficialité à peine sauvée par quelques performances d’acteur. Après Hawai, la chaleur et les couleurs, le réalisateur américain passe au noir et blanc, à la petite ville grise et au froid dans des décors que n’auraient pas reniés les Frères Cohen époque Fargo. Nebraska est une réussite totale. Dans une ambiance faussement molle, avec des plans picturaux et une caméra parfois contemplative mais surtout une incroyable énergie et une formidable humanité. Le plaisir de filmer de vrais personnages et des visages est communicatif. Nebraska est un régal pour les amateurs de gueules de cinéma, de traits tirés par l’âge et de taiseux. Payne transforme des scènes qui auraient pu être déprimantes en formidables moments de comédie grâce à un sens du montage grisant. Une réunion des hommes de la famille entre 50 et 80 ans qui regardent tous fixement et en silence la télévision en échangeant toutes les 5 minutes trois banalités sur le temps et les voitures devient un moment de suspense parodique croustillant.

Nebraska s’amuse des silences et des regards, avec une ironie affectueuse, jamais moqueuse. Il rend jubilatoire ces rencontres de petits vieux. Gourmand l’ennui mortel qui règne dans cette petite ville qui se sent tout à coup revigorée par l’évênement que constitue la richesse soudaine du personnage principal. Notre héros qui perd la tête s’accroche en effet à ce billet de loterie qui donne un sens à sa vie. Son fils l’accompagne donc pour pousser l’absurde jusqu’au bout et prétexter un road trip. Nebraska est un très beau film sur la famille. Ses non-dits, son incapacité à communiquer mais aussi sa dureté. Le personnage de la mère est incroyable, langue de vipère phénoménale au caractère bien trempé qui débite des horreurs et des historiettes piquantes avec un plaisir contaminant. Souvent hilarant grâce à son sens du vide et du décalage, Nebraska est donc aussi bouleversant, nostalgique quand il revisite le passé et évoque la vieillesse. Mais jamais déprimant sans pour autant rendre rose la perte de contrôle et la démence. Dans une ambiance à la Jarmusch et avec une très belle musique, Alexander Payne nous transporte et nous attache autour de ses tableaux et ses portraits. Un très grand film.

Gilles Hérail

Nebraska, une comédie dramatique d’Alexander Payne avec Bruce Derne et Will Forte, durée 1h55, sortie le 2 avril 2014

Visuels : © photos et bande-annonce du film
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Gilles Herail

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