A l'affiche

[Critique] « Mia Madre » : nouvelle tragicomédie de Nanni Moretti sur le deuil de la mère

[Critique] « Mia Madre » : nouvelle tragicomédie de Nanni Moretti sur le deuil de la mère

06 décembre 2015 | PAR Gilles Herail

Nanni Moretti nous propose une nouvelle tragicomédie réussie, abordant avec sensibilité la remise en cause personnelle d’une femme au moment où la santé de sa mère décline. Mia Madre est brillamment interprété (Margherita Buy est bouleversante), intelligemment pensé et sait doser son mélange de comédie et de drame. Sans toutefois atteindre le niveau d’émotion d’Habemus Papam.

[rating=3]

Extrait du synopsis officiel : Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable… Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille ?

Nanni Moretti fait désormais partie des cinéastes les plus influents du cinéma italien contemporain. A l’origine d’une filmographie très cohérente, alliant l’intime à la farce, le sous-texte politique à la chronique existentielle. Habemus Papam avait durablement marqué en trouvant un équilibre quasi parfait entre satire hilarante et drame intime bouleversant. Suivant le destin de ce pape malgré lui (interprété par Michel Piccoli), dépassé par le choix des cardinaux et ne se sentant pas à la hauteur de la charge qui lui incombe. La thématique de Mia Madre est moins originale mais peut s’appuyer sur une idée très intéressante: donner le rôle de Moretti à une femme, transposant dans ce personnage les sentiments ressentis par l’auteur au moment du décès de sa mère. Margherita Buy tient de bout en bout le film sur ses épaules, incarnant à la perfection ce moment de perte absolue de repères. Quand le monde bien réglé de ce personnage de réalisatrice dure mais respectée, s’écroule, avec l’annonce de la mort imminente de sa mère. Mia Madre nous raconte ce déboussolement, cette désorientation, cette incapacité à gérer l’inacceptable : la mort de sa mère.

Pour éviter le plombant et le pathos, le scénario a imaginé trois histoires parallèles qui s’entremêlent. Celle du tournage d’un film, celle de cette réalisatrice en pleine remise en question, et celle de la fin de vie de la mère et grand-mère aimée. Les séquences sur le tournage apportent beaucoup de fraicheur et certaines séquences sont hilarantes. Grâce à l’étonnante performance de John Turturro qui donne une dimension clownesque à son rôle d’acteur américain insupportable mais attachant. Un fort-en-gueule, excentrique, débordant d’énergie, ne sachant jamais s’arrêter, osant toutes les extravagances pour attirer l’attention sur lui. Nani Moretti dose consciencieusement l’équilibre entre drame et comédie, tout en laissant s’installer une tonalité plus mélancolique. L’émotion pointe de nombreuses fois le bout de son nez même si le spectateur ne sort pas aussi renversé qu’avec Habemus Papam. La faute, peut-être à un sentiment d’absence de liberté, d’équilibre millimétré, de symboles trop bien pensés. L’intelligence de Moretti  et sa volonté d’une construction complexe, brouillant la frontière entre rêves, souvenirs et réalité donne au film un aspect trop « parfait ». Compliquant artificiellement un magnifique portrait de femme que l’on aurait peut-être encore plus apprécié avec plus de simplicité.

Mia Madre, un drame italien de Nanni Moretti avec Margherita Buy, John Turturro et Giulia Lazzarini, durée 1h47, sortie le2 décembre 2015

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films
[Reprise] « Singin’ in the Rain » : l’adaptation de Robert Carsen triomphe à nouveau au Châtelet
[Festival d’Autrans] « Cimes sonores » : une 32e édition musicale et réconfortante
Gilles Herail

2 thoughts on “[Critique] « Mia Madre » : nouvelle tragicomédie de Nanni Moretti sur le deuil de la mère”

Commentaire(s)

  • Ns avons de la chance au Pays Basque d’avoir 2 villes avec des cinémas Arts et Essais,
    J’ai trouvé ce film merveilleux en rentrant, je l’ai conseillé à une amie, lui narrant un peu, la double casquette que représente Nani Moretti, en faisant interpréter son propre rôle à sa soeur ds le film. Il représente de par sa qualité de gd frère, le côté pragmatique de la situation, tjrs présent ds le moment de crise, affectueux, tendre, trouvant ls mots appropriés, tranquillisant sa soeur, angoissée devant une mère en fin de vie, et une fille traversant, sa crise d’ado, et se remettant à travailler pour faire plaisir à la Gd-Mère son latin. C’est tout un tissu empli d’émotion, de tendresse, un film, qui méritera de faire partie des cinés-clubs, si ce procédé existe toujours.
    Nani Moretti est un excellent cinéaste, pointu ds son travail de recherche, précis, merci de ns avoir donné la possibilité de voir un si beau film .

    décembre 7, 2015 at 4 h 09 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *