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[Critique] « Le Tout Nouveau Testament » Benoit Poelvoorde dans une fable païenne et libre de Jaco Van Dormael

[Critique] « Le Tout Nouveau Testament » Benoit Poelvoorde dans une fable païenne et libre de Jaco Van Dormael

05 septembre 2015 | PAR Gilles Herail

Le tout nouveau testament n’est pas seulement une comédie joyeusement blasphématoire. Benoit Poelvoorde et Catherine Deneuve font les clowns avec talent mais Jaco Van Dormael nous a avant tout concocté une des fables existentialistes dont il a le secret. Un film bouillonnant très libre, parfois tâtonnant, pas toujours parfait, et donc hautement recommandable!

[rating=3]

Synopsis officiel : Dieu existe. Il habite à Bruxelles. Il est odieux avec sa femme et sa fille. On a beaucoup parlé de son fils, mais très peu de sa fille. Sa fille c’est moi. Je m’appelle Ea et j’ai dix ans. Pour me venger j’ai balancé par SMS les dates de décès de tout le monde…

Avec seulement 4 films en 25 ans de carrière, Jaco Von Dormael fait partie des metteurs en scène qui tournent peu mais créent à chaque fois l’événement. Le cinéaste belge est amateur de projets fous et de paris techniques, scénaristiques et artistiques. Le huitième jour mettait en scène un acteur trisomique, Pascal Duquenne, aux côtés de Daniel Auteuil dans une fable onirique bouleversante. 14 ans plus tard, Mister Nobody le propulsait à la tête d’une production internationale coûteuse, s’appuyant sur une intuition passionnante. Raconter dans un même film tous les destins possibles de la vie d’un homme, en explorant les options proposées à chaque croisée des chemins.

Le tout nouveau testament s’attaque à une tâche toute aussi difficile: la relecture parodique et païenne de la religion. Jaco Von Dormael a convoqué pour l’occasion une troupe de comédiens habitués à l’univers de la comédie belge et le ton est effectivement parfois à la blague, quand les facéties de Poelvoorde font mouche, quand la revisite des étapes fondatrices de la religion prend des directions inattendues. On sourit souvent et la satire fonctionne, mais le spectateur va ensuite être embarqué autre-part. Le film se divise en réalité en évangiles, suivant la structure d’un film à sketchs pour évoquer le destin de six marginaux. De nouveaux apôtres confrontés à la révélation de la date de leur propre mort et qui vont en profiter pour changer le cours de leur vie. Les portraits sont inégaux et plusieurs se démarquent clairement. Un obsédé glauque, pourtant touchant, interprété par le toujours très juste Serge Larivière. Une femme amoureuse d’un gorille incarnée avec un premier degré désarçonnant par Catherine Deneuve. Un jeune garçon sur le point de mourir qui veut devenir une fille pour ses derniers jours, dans un segment qui apporte les moments les plus solaires.

La mise en scène multiplie les trucs dans une inventivité permanente qui renforce l’absurde et la drôlerie des situations. Malgré un budget très serré (seulement 8.5M€), le film regorge d’effets spéciaux et de trouvailles débrouillardes. Le foisonnement visuel est à l’image de la générosité des émotions. Car Jaco Von Dormael est avant tout un cinéaste du lyrique, du mélo, du grand sentiment. Un metteur en scène qui rejette l’épure et préfère le trop-plein. Certaines scènes tombent à plat et les scénettes en voix-off à la Amélie Poulain agacent parfois. Mais Le Tout Nouveau Testament est un moment de cinéma unique, inclassable. Merveilleusement résumé par le personnage de Déesse, interprété par Yolande Moreau. Une femme au foyer soumise, maltraitée, pathétique. Mère consciencieuse éteinte qui va finalement revenir à la vie grâce au base-ball (il faut voir le film pour comprendre) et à une chanson de Dalida. Quand elle prend les commandes de l’ordinateur divin, les grosses fleurs de papiers peints remplacent le bleu du ciel et de la mer, et le mauvais gout devient poétique. Le tout nouveau testament est une escapade enchantée dans l’imaginaire de son génial réalisateur, qui peut y exprimer toute sa liberté. Et il y aura peu d’occasions cette année d’entrer dans des univers aussi personnels.

Gilles Hérail

Le Tout nouveau Testament, un film de Jaco Van Dormael, avec Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, Catherine Deneuve. Comédie belge. 1h53.

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Gilles Herail

2 thoughts on “[Critique] « Le Tout Nouveau Testament » Benoit Poelvoorde dans une fable païenne et libre de Jaco Van Dormael”

Commentaire(s)

  • Matthias Turcaud

    Le film a des qualités (comme toi, je trouve le casting impeccable avec une mention spéciale pour Serge Larivière), mais je l’ai trouvé visuellement assez laid. La pseudo poésie de Jaco Van Dormael peut parfois agacer également …

    septembre 18, 2015 at 14 h 15 min
  • Est-ce que le film ‘‘Le tout nouveau testament’’ est uniquement un film blasphématoire?
    Eh bien non, ce n’est pas uniquement un film satanique, antichrétien et faisant la promotion de la théorie du genre. Non c’est également le plagiat inversé d’un livre datant de 2010 et écrit par un chrétien.
    Le titre du livre: 18 la prophétie: 1- à l’aube du premier jour.
    Le nom de l’auteur: Atanas Ivanov Koutrev.
    Les similitudes entre les deux œuvres sont troublantes.
    Le livre en question est un mélange de religion, de fantastique, de philosophie avec un peu d’humour.
    Le film également.
    Le livre est une version moderne et rock and roll de la Bible.
    Le film également.

    Dans le livre, un jeune homme de 18 ans, vivant à Paris commence à avoir des songes prophétiques, suite à cela, il comprend qu’il doit partir à la recherche de 18 prophètes pour sauver le monde. Il prêche la fin du monde matérialiste et le nombre 18 revient constamment au sein de l’ouvrage.
    Dans le film, une jeune fille vivant à Bruxelles décide suite à une rébellion vis-à-vis de Dieu, de partir à la recherche de 6 apôtres pour compléter les 12 de Jésus-Christ afin d’arriver au nombre 18. Elle prêche le matérialisme et la rébellion vis-à-vis de Dieu. Le nombre 18 revient constamment au sein du film, sans que personne ne puisse expliquer pourquoi, ce qui n’est pas surprenant car l’auteur ne le révèle que dans le tome 4, or les réalisateurs ont clairement plagié le tome 1.
    La scène du film dans laquelle la jeune fille est debout face à la fenêtre de son immeuble vient directement du premier songe du livre.
    La tour de Dieu dans le film ressemble visuellement à l’illustration de la Compagnie Denver dans le livre.
    En image subliminale pendant la séquence avec le petit garçon au chapeau noir, on voit une montagne qui ressemble à la montagne sur la couverture du livre.
    La première partie du livre évoque de nombreux songes prophétiques, idée reprise dans le film.
    La seconde partie du livre raconte l’histoire du jeune homme lorsqu’il part à la recherche des 18 personnes de son premier songe. Chacun de ses apôtres a son propre chapitre, le tout selon un découpage minutieux afin que chacun ait sa partie bien spécifique. Idée également reprise dans le film.
    Dans le livre, Dieu guide le personnage principal via des songes.
    Dans le film, Dieu est un salaud, combattu par le personnage principal, ce qui rend le travestissement du message de l’auteur d’autant plus grave. Le but du réalisateur étant clairement de manipuler l’information afin que le public ne puisse pas connaître la vérité sur le nombre 18.
    Dans le livre, dans le chapitre 35 de la seconde partie, le personnage principal se retrouve face à ce qu’il croit être un miroir alors qu’en réalité il s’agit d’une baie vitrée derrière laquelle il voit quelqu’un qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Cela fut également repris dans le film, il s’agit de la scène du miroir avec François Damiens. Impossible pour le spectateur d’y trouver un sens sans avoir lu l’ouvrage en premier.
    Dans le film, le petit garçon au chapeau noir est peut-être une référence à l’homme au chapeau noir du livre.
    Dans le film, la scène sous la pluie dans laquelle la jeune fille écarte les bras est une reprise du chapitre 38 de la seconde partie du livre.
    Dans le film, la jeune fille reconnaît elle-même que ce n’est pas à elle d’écrire ce nouvel évangile, et que fait-elle? Elle choisit un clochard au hasard et dyslexique de surcroît. C’est ainsi que le réalisateur voit l’écrivain en question, comme un clochard qui peut-être piétiné par lui car étant moins puissant financièrement. Plus tard dans le film, on apprend que le clochard aurait passé 6 mois en prison. Dans le livre, le personnage principal finit par embrasser la passion Christique sous forme d’emprisonnement carcéral qui durera en tout et pour tout 6 mois. Dans le film, on voit à la fin le clochard dédicacer des livres, tout comme l’auteur le fait dans la vraie vie.
    Dans le film, la fille et le clochard se rendent dans un endroit qui ressemble à l’illustration de la planète 8 du livre.
    Dans le livre, il n’y a pas de place pour la sexualité.
    Dans le film, il n’y a que ça. L’homosexualité y est mise en avant comme une qualité via le dernier apôtre, sans parler de la zoophilie.
    Dans le chapitre 40 de la troisième partie du livre, il y a un passage de réflexion évoquant des oiseaux, c’est également le cas dans le film.
    Pour ce qui est de l’identité de la jeune fille du film. Il ne faut pas chercher bien loin, car dans le livre, dans le chapitre 31 de la troisième partie, le méchant de l’histoire tombe sur une fille qui lui rappelle le personnage principal, car elle est dotée de la même lumière.
    Dans le livre, dans la seconde partie, le personnage principal dit à un de ses futurs apôtres de lâcher son arme en échange d’un cappuccino. Dans le film, la jeune fille en fait de même face à François Damiens.
    Dans une Interview qui date de début 2013, l’auteur du livre a dit que chaque musique représentait pour lui un livre différent.
    Dans le film, ils ont également repris cela, car la jeune fille dit que chaque personne a sa propre musique intérieure.
    Finalement quand on enlève du film tous les éléments qui viennent du livre, que reste-t-il?
    Il reste des blasphèmes, de la nudité, de la zoophilie, de la théorie du genre, un poisson qui chante, des poulets dans une salle de cinéma, des machines à laver, des SMS et… et c’est tout en fait. Cela fait peu pour un film de deux heures. Et on constate que certains satanistes sont prêts à investir des millions pour inverser le message d’un chrétien indépendant. Message qui bien que le livre soit fantastique, est tiré de faits réels.

    septembre 7, 2016 at 17 h 26 min

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