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[Critique] « Le Prodige » d’Edward Zwick : un biopic émouvant sur Bobby Fischer

[Critique] « Le Prodige » d’Edward Zwick : un biopic émouvant sur Bobby Fischer

10 septembre 2015 | PAR Simon Théodore

Rares sont les films dont l’intrigue se déroule dans l’univers du jeu d’échec. Edward Zwick propose un excellent biopic à propos du champion américain Bobby Fischer (1943-2008). Après le film d’Elodie Namer (« Le Tournoi« ), voici donc un nouveau long métrage passionnant pour découvrir l’histoire d’un jeu aux possibilités infinies.

[rating=4]

Le_Prodige

Eté 1972, les tensions entre les deux superpuissances mondiales (les Etats-Unis et le bloc soviétique) rythment la vie des gens. Cependant, le monde a les yeux rivés sur capitale islandaise, Reykjavik. Lors du « match du siècle », le prodige américain Bobby Fischer affronte, pour le titre de champion du monde d’échec, son homologue originaire de Saint-Petersbourg (Leningrad) Boris Spassky. Dans un contexte de Guerre Froide, les deux hommes incarneront un conflit planétaire sur un petit terrain de jeu de 64 cases. « Le Prodige » narre l’ascension sinueuse de l’enfant de Chicago jusqu’au moment où il décroche le graal échiquéen.

Edward Zwick développe l’histoire de l’émouvant destin de Bobby Fischer, interprété par un superbe Tobey Maguire. Le sujet n’est ni la Guerre Froide, ni le jeu d’échec, mais bien l’état psychique d’un individu représentant une nation et prisonnier d’une idéologie oppressante. Renforcée par des gros plans sur les regards des protagonistes, la tension est présente tout au long du film et les points de ruptures psychologiques nombreux. L’acteur principal et producteur du film quitte bien vite son image d’homme-araignée pour jouer, de manière surprenante, le rôle d’un champion instable et paranoïaque. Son opposant soviétique, affichant clairement son goût pour le rythme de vie occidental, prend d’abord des allures de rock star mais se révèle, en réalité, d’un charisme incroyable. A l’évidence, Liev Schreiber, qui a dû apprendre le russe pour les besoins du film, est un excellent acteur.

Le spectateur voyage à travers différentes époques (près de 30 ans) et dans différents pays. Les équipes techniques, très bien documentées, font revivre l’ambiance de cette compétition particulière et, très vite, on cerne la personnalité des différents protagonistes. Les initiés se souviendront de la manière dont les grandes compétitions étaient suivies avant l’ère d’internet. Les profanes imagineront l’engouement suscité autour de ce « match du siècle » et découvriront une nouvelle clé de lecture d’un événement historique s’étalant sur plusieurs décennies.

S’intéressant à l’humain plutôt qu’au jeu, ce film séduira donc tous ceux qui aiment les histoires captivantes et bien racontées, et pas seulement les aficionados du jeu d’échec. En revanche, lorsque l’on connait les déboires de l’homme qui fut champion des Etats-Unis à 14 ans, on regrettera que le tragique ne soit pas plus accentué. Ainsi, « Le Prodige » se finit bien trop vite et laisse quelque peu sur la faim.


Le Prodige. Un film d’Edward Zwick avec Tobey Maguire, Peter Sarsgaard, Liev Schreiber. Durée :1h54. Sortie le 16 septembre.

Visuel : Affiche officielle du film

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