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[Critique] « L’autre Vie de Richard Kemp » de Germinal Alvarez

[Critique] « L’autre Vie de Richard Kemp » de Germinal Alvarez

05 juin 2013 | PAR Yohann Marchand

[rating=2]

Un paradoxe peut en cacher un autre…

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Perce-Oreille est un tueur en série qui a sévi en 1989. Persuadé qu’il est l’auteur d’un nouveau meurtre en 2011, Richard Kemp a enfin l’occasion d’achever l’enquête qui le hante depuis 20 ans. Sauf que le temps va lui jouer un tour : Richard se voit propulser dans son propre passé !!! Il fera alors tout son possible pour corriger l’erreur à l’origine du retour de Perce-Oreille… Ce pitch est un paradoxe paradoxal à lui tout seul. Contrairement à ce qu’il indique, vous n’assisterez pas à cette histoire.

Écrire que le cinéma fantastique français est un adage antinomique, c’est complexifier en des termes alambiqués ce qui peut être dit en toute simplicité : Richard Kemp cherche à faire compliqué et se prend les pieds dans un paradoxe temporel qui n’a aucune légitimité. Germinal Alvarez use d’un artifice fantastique pour mieux noyer le spectateur dans une love story des plus banales. L’intrigue policière est quant à elle un faux leitmotiv qui n’explique en rien la nature de ce reboot.

A force de rationaliser l’étrangeté, Germinal Alvarez s’égare dans la description de ces deux psychés qui ont refoulé un trauma et nous offre un film intimiste sans âme, car filmé en cinémascope. A trop magnifier les décors de sa cité intemporelle, il en écrase les personnages. Une volonté de créer une ambiance pesante dont la froideur altère au final toute empathie avec le couple formé par Mélanie Laurent et Jean-Hugues Anglade. Pourtant, dans ce marasme stylisé déguisé en absurde course-poursuite contre la mort, Richard Kemp reste un bon divertissement.

Faites abstraction du fantastique, de l’intrigue whodunit, et laissez-vous embarquer dans cet univers alternatif. Après trois quarts d’heure d’exposition très laborieuse, Germinal Alvarez parvient à imposer les codes du thriller surnaturel. En modifiant le passé, Kemp crée un nouveau présent dont les répercussions lui échappent. Une véritable tension dramatique se noue alors dans cet imbroglio temporel qui trouve son apogée sur un sprint en vélo. Les répliques font mouches aussi et se jouent de ce paradoxe inexpliqué. A l’image de cette scène où Richard informe Hélène qu’en 2011 elle est divorcée, alors qu’elle n’en est en 1989 qu’aux préparatifs de son mariage. De courtes fulgurances empêtrées dans une mise en scène trop académique qui empêche le film de s’élever vers un OFNI jouissif. Kemp a beau voir son double, Germinal Alvarez a du mal à naviguer entre romance et thriller. Faute à un scénario paresseux qui s’est voulu trop ambitieux.

Faux thriller mais vraie love story. Richard Kemp vous fera voyager dans le temps sans fantastique. Une balade plaisante et frustrante à la fois.

Visuel (c) : affiche du film

Le cheval dans le cerisier de Magdalena et Nicolas Duffaut
Nine en juillet d’Estelle Billon-Spagnol et Annette Marnat
Yohann Marchand

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