A l'affiche
[Critique] « Jamais de la vie » de Pierre Jolivet. Olivier Gourmet au sommet de son talent dans un thriller social solide

[Critique] « Jamais de la vie » de Pierre Jolivet. Olivier Gourmet au sommet de son talent dans un thriller social solide

11 avril 2015 | PAR Gilles Herail

Pierre Jolivet continue de tisser la toile de son cinéma social populaire, moins aride que celui des Dardenne, mais toujours inscrit dans le contemporain. Jamais de la vie est un thriller social désespéré, solidement réalisé, qui met en scène un Olivier Gourmet au sommet de son talent. Une chronique sombre qui aurait mérité une exposition plus large.

[rating=3]

Synopsis officiel: Franck, 52 ans, est gardien de nuit dans un centre commercial de banlieue. Il y a dix ans, il était ouvrier spécialisé et délégué syndical, toujours sur le pont, toujours prêt au combat. Aujourd’hui il est le spectateur résigné de sa vie, et il s’ennuie. Une nuit, il voit un 4×4 qui rôde sur le parking, et sent que quelque chose se prépare… La curiosité le sort de son indifférence et il décide d’intervenir. Une occasion pour lui de reprendre sa vie en main…

Pierre Jolivet reste associé pour le grand public à Ma Petite Entreprise, comédie sociale qui n’avait connu qu’un joli succès d’estime, mais est devenu à sa manière un film culte, symbolisé par la chanson de Bashung. La carrière de Jolivet a connu des hauts et des bas mais le réalisateur s’est en permanence remis en question, en abordant des genres différents (la comédie romantique, la comédie d’arnaque, le polar, le thriller) avec une même ambition sociale. Et la volonté de mettre en scène la petite classe moyenne, qui n’apparaît que trop rarement au cinéma. Jamais de la vie s’inscrit pleinement dans ce schéma, avec une chronique que le cinéaste a voulu profondément ancrée dans le réel, sans renier des touches de romanesque.

Le nouveau film de Jolivet possède la tension d’un thriller mais ne cherche pas les rebondissements à tout prix dans son intrigue, préférant nous présenter la trajectoire d’un homme. Interprété par Olivier Gourmet, bouleversant, dont la force de jeu arrive encore à nous surprendre. On pense à Qui Vive avec Reda Kateb qui partageait un postulat similaire. L’histoire d’un homme épuisé, rongeant son frein en permanence, cassé par la dureté de son environnement, essayant désespérément de ne pas passer du mauvais côté de la barrière. Pierre Jolivet a dessiné un personnage d’ex-syndicaliste, victime de la disparition d’un monde ouvrier solidaire où il avait trouvé sa place, réduit à lutter en permanence pour ne pas sombrer. Aux côtés d’Olivier Gourmet, Valérie Bonneton surprend dans un beau second rôle, de conseillère emploi, elle même en difficultés, qui lui permet d’incarner un personnage plus en retenu.

Jamais de la vie propose une analyse fine de la difficulté quotidienne des travailleurs pauvres. Qui se maintiennent hors de la grande précarité mais galèrent en permanence. Le script s’intéresse aux détails, trouve son réalisme par le corps plus que les dialogues. Avec le visage fatigué d’Olivier Gourmet, ses douleurs articulaires qui le handicapent, ses dents qui le trahissent et le lancent en permanence. Le scénario est parfois maladroit quand il en fait trop dire aux personnages, dans des répliques trop signifiantes qui alourdissent le film. Le passé syndicaliste du protagoniste était une idée intéressante mais son évocation manque parfois de finesse. Pierre Jolivet ne réalise pas un film parfait mais le désespoir de cette chronique très inscrite dans la France contemporaine ne laisse pas indifférent. Jamais sordide, lucide, en résistance, tendu, en colère. Un sentiment dont on ne peut se défaire en sortant de la salle.

Gilles Hérail

Jamais de la vie, un thriller social français de Pierre Jolivet avec Olivier Gourmet, durée 1H35, sortie le 8 avril 2015 

Bande-annonce et visuels officiels
Box office France semaine : Fast and Furious 7 dépasse 2 millions d’entrées : l’adieu de Vin Diesel à Paul Walker bat des records
[Tour de Web] Kenya
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *