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[Critique] du film documentaire « Vendanges » saisonniers, entre précarité et liberté

[Critique] du film documentaire « Vendanges » saisonniers, entre précarité et liberté

24 septembre 2016 | PAR Gilles Herail

Paul Lacoste signe un documentaire réussi qui dépasse la simple chronique du travail saisonnier pour dessiner, en toile de fond, des portraits d’hommes et de femmes entre précarité et recherche de liberté. Vendanges recueille des témoignages étonnants, des instants de convivialité mais marque surtout par sa tonalité douce-amère. Notre critique.

[rating=3]

Synopsis officiel: Des hommes, des femmes, des retraités, des étudiants, des chômeurs, des précaires… Cherchant la nature parce qu’ils étouffent en ville, cherchant la compagnie parce qu’ils sont seuls, cherchant la paye, surtout. Avant, ils venaient de loin, aujourd’hui, on les trouve tout autour. Les vendangeurs, c’est chacun d’entre nous. Les vendanges, c’est notre vie, une saison sur la Terre.

Il y avait dans les vendanges et le travail saisonnier un formidable matériau que Paul Lacoste a su parfaitement utiliser. Un terrain de jeu sociologique assez unique, réunissant un groupe hétéroclite résultant de logiques, d’envies et de parcours très différents. Pour offrir des portraits inattendus, entre amoureux de la nature, jeunes précaires, petits retraités ou saisonniers « professionnels ». Certains répondent à l’appel de la nature, d’autres viennent combler la solitude et l’ennui de la retraite, tous restent également (ou principalement) là pour gagner leur croute ou arrondir les fins de mois. Les vendanges sont un moment de plaisir, à la recherche d’une activité collective qui a sa part de noblesse. Ou une simple activité saisonnière, comme une autre, qui rémunère plutôt bien et avec l’avantage d’être en plein air plutôt qu’à la chaine.

Vendanges nous parle, en arrière-plan, de la fermeture d’usines, de la pression des grandes agglomérations, de la compétition accrue pour décrocher des misions d’intérim. Paul Lacoste a souhaité dresser, en toile de fond, le constat d’une insécurité économique et sociale renforcée, qui déstabilise les situations de chacun. Mais son documentaire montre avant tout des parcours individuels en marge, des vendangeurs, dans toute leur diversité, qui ne se considèrent pas comme victimes et revendiquent également une forme de liberté. Certaines personnalités sont éminemment fantasques, d’autres plus ancrées dans le sol, mais tous partagent à leur manière une même envie de vivre autrement. Que ce soit une voie parmi d’autres pour accéder au marché du travail traditionnel, une parenthèse nécessaire après une période difficile ou un choix de vie durable.

Paul Lacoste conserve en permanence une tonalité d’entre-deux, une couleur gris claire, que l’on attendait pas dans un film qui aurait pu rester plus sagement dans une dimension terroir et bons produits. Il y a bien sûr de beaux plans sur les vignes et des instants captés de convivialité et de bonne humeur. Mais les témoignages donnent au film une profondeur inattendue et une dimension douce-amère. Une jeune femme partage sa déception sur la superficialité de l’expérience et le manque de partage au delà des blagues un peu faciles. Une autre met des mots sur la tristesse que lui inspire le vide de la campagne. Deux hommes s’écharpent sur l’abandon ou non des classes populaires par les syndicats. Une ancienne ouvrière revient avec émotion sur son ancien lieu de travail. On gardera en tête cette impression particulière, d’un romantisme teinté de solitude et de précarité, qui garde sa forme de liberté.

Gilles Hérail

Vendanges, un documentaire français de Paul Lacoste, durée 1h19,  sortie le 21/09/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film
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Gilles Herail

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