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[Critique] du film « Chouf » Western social dans les quartiers marseillais 

[Critique] du film « Chouf » Western social dans les quartiers marseillais 

08 octobre 2016 | PAR Gilles Herail

Karm Dridi signe une chronique sociale des quartiers nord de Marseille qui prend des allures de narco-polar et de western urbain. Le mélange de comédiens amateurs et professionnels donne au film de genre une vraie crédibilité. Et permet à Chouf d’évoquer sans fantasme ni mépris le cercle vicieux de la violence dans un quartier où le trafic de drogues est devenue la seule opportunité. Une vraie réussite. (voir également notre article cannois).

[rating=4]

Synopsis officiel: Chouf, ça veut dire « regarde » en arabe. C’est le nom des guetteurs des réseaux de drogue de Marseille. Sofiane, 24 ans, brillant étudiant, intègre le business de son quartier après le meurtre de son frère, un caïd local. Pour retrouver les assassins, Sofiane est prêt à tout.

Karim Dridi à souhaité clore une trilogie marseillaise entamée il y a plus de 20 ans avec Bye-bye. Le réalisateur de Khamsa et du Dernier vol adopte un regard sociologique sur le milieu du trafic de drogue et son emprise sur les quartiers nord de la cité phocéenne, où il sert à la fois d’école et de Pôle Emploi. Un système qui implique, à différents degrés, un ensemble d’acteurs qui cherchent tous à arrondir les fins de mois : enfants, parents, voisins, contrebandiers, policiers. Chouf est construit sur l’idée d’une spirale infernale de la violence, d’un cercle vicieux dont on ne peut s’extraire une fois qu’on y a mis les pieds et qui se conclura inéluctablement par un destin funeste. Sofian Khammes, que l’on avait déjà aperçu dans Le Convoi, interprète le personnage principal, jeune étudiant en école de commerce, habitant à Lyon et incarnant l’espoir et la réussite dans sa famille. Alors que son frère est assassiné à la sortie de son immeuble dans le cadre d’un règlement de comptes, il va chercher à se venger en reprenant contact avec les dealers du quartier où il a grandi. Des anciens potes ou connaissances qui sont restés bloqués dans leurs tours, et avec qui l’écart s’est creusé.

Le scénario joue sur l’importance de ces codes partagés que Sofiane a perdus, en s’éloignant, en poursuivant ses études, en rencontrant d’autres personnes. Un accent, un argot, un style vestimentaire, une attitude, une tolérance à la violence qu’il va devoir réapprendre pour éclaircir les conditions de la mort de son frère. Tout en devenant une sorte de consultant VIP pour améliorer les process d’un business archaïque qu’il va contribuer à professionnaliser. Karim Dridi a voulu réaliser un vrai film de genre, avec une belle photo et une magnifique bande originale qui donne à plusieurs scènes des allures de western mélancolique. La structure du scénario reste très classique mais Chouf ajoute une touche d’authenticité qui fait sa force. Car le polar est aussi une chronique sociale, qui révèle d’étonnants comédiens, Sofian Khammes en tête. On retrouve la complicité, les joutes verbales et les touches d’humour de Divines mais Chouf est avant tout désabusé. Sans jugement moral ni condescendance, Karim Dridi laisse entrevoir entre les lignes sa frustration et sa tristesse, de voir un bout de jeunesse plutôt attachant qui se retrouve à rejouer éternellement Scarface, avec une violence de plus en plus décomplexée et sans porte de sortie. A voir.

Gilles Hérail

Chouf, un drame français de Karim Dridi avec Sofian Khammes, Foued Nabba et Zine Darar, durée 1h48, sortie le 5 octobre 2016


Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

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