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[Critique] « Discount » Film de crise et de rébellion. Une comédie sociale intelligente et maitrisée

[Critique] « Discount » Film de crise et de rébellion. Une comédie sociale intelligente et maitrisée

24 janvier 2015 | PAR Gilles Herail

A la fois comédie d’arnaque, chronique sociale et pamphlet politique, le premier film de Louis-Julien Petit est une excellente surprise. Plus profond qu’annoncé, Discount surprend par sa drôlerie, sa maîtrise et son intelligence.

[rating=3]

Synopsis officiel: Pour lutter contre la mise en place de caisses automatiques qui menace leurs emplois, les employés d’un Hard Discount créent clandestinement leur propre « Discount alternatif », en récupérant des produits qui auraient dû être gaspillés…

Discount se rapproche du cinéma de Pierre Jolivet, plus que de l’école de la comédie sociale anglaise. Le thème du film évoque d’ailleurs La Très Très grande entreprise, qui suivait un groupe de chômeurs s’infiltrant incognito dans la multinationale responsable de la perte de leur emploi pour dénoncer ses agissements. Le réalisateur Louis-Julien Petit a eu la bonne idée d’éviter les têtes d’affiche et de mettre en valeur de jeunes acteurs prometteurs ou des seconds rôles moins connus du grand public. Un choix commercialement risqué qui donne au film toute sa fraîcheur. Olivier Barthélémy que l’on avait aperçu dans Sheitan et Notre jour viendra incarne avec beaucoup de solidité le personnage central. Autour duquel gravite une troupe très attachante (Corinne Masiero, Pascal Demolon, M’Barek Belkouk, etc.) et des petits rôles essentiels de voisins et de clients, savamment choisis, qui apportent beaucoup à la crédibilité et au cachet du film. Le script évite la caricature en donnant notamment de l’épaisseur à la directrice du magasin interprétée par Zabou dont on comprend petit à petit les choix discutables.

Mettant un point d’honneur à donner une histoire et une réalité à chacun des personnages, Discount cherche en permanence à trouver le bon équilibre entre chronique sociale et comédie. La drôlerie surgit à chaque nouveau problème rencontré et le récit sait ménager des instants d’euphorie collective et de délires alcoolisés. Mais Discount va aussi plus loin que prévu dans la charge politique et l’ambition militante. Le scénario décortique avec précision l’univers de la grande distribution. Ses règles, son flicage, sa mise en compétition des salariés. Le chronométrage des passages en caisse, la menace de l’arrivée des machines automatiques, la destruction massive des aliments « défectueux » pourtant consommables. L’espoir face à l’absurdité du système vient de la rébellion et de l’entre-aide. Une solidarité de circonstance plutôt qu’une bonté fantasmée, chacun ayant ses propres raisons de participer à l’aventure.

Comme dans beaucoup de premiers films, la mise-en-scène manque parfois de personnalité mais Discount étonne par sa tenue et sa cohérence. Une comédie dramatique sociale qui évite l’écueil du feel-good benêt et angélique, sans tomber dans le cynisme. Une tonalité que l’on espère retrouver plus souvent au sein du cinéma social français.

Gilles Hérail

Discount, une comédie sociale de Louis-Julien Petit avec Olivier Barthélémy et Corinne Masiero, durée 1H45, sortie le 21/01/2015

Bande-annonce et visuels officiels.
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