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[Critique] « Dheepan » Jacques Audiard prend des risques dans un nouveau film ambitieux qui n’égale pas ses derniers chefs-d’oeuvre.

[Critique] « Dheepan » Jacques Audiard prend des risques dans un nouveau film ambitieux qui n’égale pas ses derniers chefs-d’oeuvre.

28 août 2015 | PAR Gilles Herail

Revenu du festival de Cannes 2015 avec la palme d’or, Dheepan débarque en salles avec des critiques presse partagées (notre envoyée spéciale cannoise parlait de sa déception ici). Jacques Audiard a choisi de prendre des risques, brille comme toujours par sa mise en scène et évoque des sujets passionnants. On regrette les maladresses d’écriture mais Dheepan mérite quand même le coup d’œil. Notre avis. 

[rating=3]

Synopsis officiel : Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer

Jacques Audiard fait partie du petit nombre de réalisateurs qui attire le public sur son seul nom en France. Après trois gros succès critiques et publics (De Rouille et d’os, Un Prophète, De battre mon cœur s’est arrêté), le cinéaste n’a pas choisi la facilité en effectuant des choix radicaux. Un film sans têtes d’affiche, tourné quasi intégralement en langue tamoule, abordant des sujets difficiles (la violence qui règne dans certaines cités HLM et l’horreur de la guerre civile au Sri Lanka). On retrouve bien la patte d’un metteur en scène qui aime insuffler du romanesque dans un contexte social pesant. Dessiner des héros inattendus, apporter un souffle épique à des histoires qui auraient pu devenir misérabilistes et voyeuristes. Dheepan nous parle de thématiques contemporaines passionnantes, sur l’immigration, l’intégration, et présente des personnages que l’on ne voit jamais dans le cinéma français. Le film prend aux tripes quand il se focalise sur les liens de cette famille fictive, réunie autour d’un même mensonge, pour obtenir l’asile. Un homme, une femme et une jeune fille, qui vont devoir apprendre à vivre ensemble, à comprendre les règles de leur cité, à trouver leur place l’un par rapport à l’autre. Audiard à qui l’on reproche souvent son « virilisme » dessine une nouvelle fois un très beau personnage de femme, qui doit passer pour une mère, incarner celle qu’elle n’est pas, se retrouvant au cœur d’une violence qu’elle voulait à tout prix éviter.

La chronique familiale s’efface petit à petit pour laisser place à un film de vengeance, où Dheepan va prendre les armes, et mettre un terme à la loi de la terreur qui règne dans le quartier. L’ambition d’amener les codes du film de genre dans un drame familial était intéressante et Audiard n’a rien perdu de sa superbe, nous proposant des images magnifiques dans ses séquences de vendetta. On regrette pourtant des fautes du goût, auxquelles le réalisateur ne nous avait pas habituées. Un personnage de jeune fille oublié en cours de route, des éléments de contexte approximatifs (l’OFPRA, l’école, le voyou incarné par Vincent Rottiers) qui entachent la crédibilité du récit. On est en permanence fasciné par les deux personnages principaux, magnifiquement interprétés. Mais Audiard a parfois la main lourde sur la signification qu’il veut donner à son histoire initiatique. Notamment dans des dernières images dont la naïveté apparaît quasiment parodique. Dheepan propose beaucoup de belles choses et dégage une vraie émotion. On regrettera alors que les quelques maladresses nous fassent parfois sortir du film, que les ficelles de construction soient peut être plus visibles que d’habitude. Même en deçà des derniers films du réalisateur, Dheepan reste un film de qualité, audacieux dans ses thèmes, ses choix, le soin apporté à sa mise en scène. A découvrir en salles.

Gilles Hérail

Dheepan, un film de Jacques Audiard avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga. Scénario : Jacques Audiard, Thomas Bidegain et Noé Debré. Drame, Français. Durée : 1h49. Sortie le 26/08/2015.

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films
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Gilles Herail

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