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[Critique] 2 automnes 3 hivers, le temps de l’amour avec Vincent Macaigne

[Critique] 2 automnes 3 hivers, le temps de l’amour avec Vincent Macaigne

24 novembre 2013 | PAR Olivia Leboyer

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Vincent Macaigne dans une Carte du Tendre joliment désenchantée. Liberté de ton, audaces visuelles et humour : Sébastien Betbeder livre une comédie sentimentale très réussie. En salles le 25 décembre 2013.

[rating=4]

2 automnes 3 hivers possède un vrai charme. Le temps qui passe est évoqué frontalement, avec simplicité : le jeune héros / antihéros Arman (Vincent Macaigne, récemment adoré dans Un monde sans femmes, La Fille du 14 juillet, La Bataille de Solferino), du fond de ses draps, nous décline son identité, son âge précis (33 ans, bientôt 34) et sa situation professionnelle encore floue (« on accorde trop d’importance à ces choses-là »). Perdu dans les incertitudes du quotidien, Arman va faire l’expérience de La Rencontre, dans ce qu’elle a de plus romanesque. En deux temps, la belle Amélie (Maud Wyler) va lui apparaître et lui causer un choc. Le coup de foudre, présenté ici au sens littéral : comme dans les rêves les plus parfaitement agencés, Arman devient le preux chevalier qui sauve la jeune fille. Un début idéal, donc, pour une histoire qui, déclinée sur 2 automnes et 3 hivers, va aussi décevoir, patiner, s’abîmer. En parallèle, son meilleur ami depuis les Beaux-Arts de Bordeaux, Benjamin (Bastien Bouillon), rencontre Katia. Pour lui aussi, le choc a lieu dans des circonstances frappantes, dramatiques. Nous suivons ces deux amours fracassants, qui passent par l’épreuve de la réalité, la plus difficile à surmonter.

La manière de Sébastien Betbeder enchante : le film tient dans une alternance de monologues, articulés en courts chapitres au rythme très pop. Un peu comme chez Godard, la pratique du collage, de la citation (Eugène Green, Bresson, Alain Tanner, Judd Apatow, etc.) s’intercale sauvagement, avec liberté, dans le fil du récit. Rien de lourd ou de pédant, mais une très jolie façon de présenter les personnages, dont la vie intérieure et les rêves sont plus riches que l’existence sociale en tant que telle. Le temps d’une chanson, les illusions reprennent leurs belles couleurs.

Les deux amis, éternelles figures d’adolescents attardés, sont aussi drôles et désarmants qu’attachants. Mais la force du film tient à ce que, pour une fois, la figure de la jeune fille n’est pas sacrifiée au seul imaginaire du héros : les personnages d’Amélie et de Katia existent pleinement, dans leurs contradictions. La peur de l’engagement n’est pas un trait spécifiquement masculin… Amélie (Maud Wyler) nous fait ressentir la mélancolie de la trentaine, avec ses questionnements lancinants et son vague à l’âme.

Une comédie sentimentale charmante et spirituelle, avec ses bouffées romanesques et ses chutes de pression. À ne pas manquer !

2 automnes 3 hivers, de Sébastien Betbeder, France, 2013, 1h30, avec Vincent Macaigne, Maud Wyler, Bastien Bouillon, Audrey Bastien, Pauline Etienne, Thomas Blanchard, Olivier Chantreau, Eriko Takeda, Jean-Quentin Châtelain. Sortie le 25 décembre 2013.

Visuels : © photo, affiche et bande annonce officielles du film

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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