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Un monde sans femmes avec Vincent Macaigne, vrai coup de cœur

Un monde sans femmes avec Vincent Macaigne, vrai coup de cœur

11 décembre 2011 | PAR Olivia Leboyer

Peut-être le plus beau film de l’année 2012 ? Avec Un monde sans femmes, Guillaume Brac nous offre un bijou d’humanité, de délicatesse, de bonté. Vincent Macaigne (dont on peut aussi voir la pièce, Au moins j’aurai laissé un beau cadavre) est formidable. A voir absolument ! Sortie le 8 février 2012.

Un monde sans femmes est un petit chef-d’œuvre sentimental, profondément drôle et triste. Ça se passe à Ault, petite station calme de la côte picarde. Un homme, Sylvain (Vincent Macaigne, étonnant), vit là, sans femme, seul, dans une solitude apprivoisée. Un beau jour, une femme encore jeune, Patricia (Laure Calamy, rayonnante) et Juliette, sa fille tout juste sortie de l’adolescence (Constance Rousseau, que l’on avait adorée dans Tout est pardonné de Mia Hansen-Love) lui louent une chambre pour une semaine de vacances. En quelques jours, les deux femmes illuminent le quotidien de Sylvain, lui laissant entrevoir une autre existence possible. Mais le comportement de Patricia, léger et très peu responsable, bouscule le fragile équilibre qui s’était miraculeusement instauré.

Une histoire de plage et de sentiments, entre Rohmer et Pialat, qui nous émeut extraordinairement. Sylvain, timide, pudique, hésite à parler comme à agir, craignant de heurter, de déranger. Vincent Macaigne révèle ici une présence et un regard merveilleux : « Tu as de beaux yeux ! Quand tu regardes les gens, tu les regardes vraiment, c’est rare », lui glisse Patricia, sans bien mesurer la portée de ses paroles. Le monde de Sylvain est celui du regard, de l’attente et de la rêverie. Pour vivre heureux, ce n’est pas énorme, surtout dans une toute petite ville comme Ault.

Guillaume Brac filme la côte picarde presque amoureusement, sans rien enjoliver : entre la beauté sauvage des falaises, les champs tout plats et l’ambiance du petit café (les habitants d’Ault jouent leurs propres rôles), on découvre ce monde sans femmes, ce monde de naufragés : très vide, avec peut-être, au bout, un horizon ?

Un court-métrage précède le film et lui sert de prologue : intitulé Le Naufragé (en référence à Thomas Bernhard), il se déroule également à Ault. On retrouve les mêmes protagonistes, les gens de mer, habitants du lieu, et Sylvain. Cette fois, ce ne sont pas deux femmes qui débarquent, mais un cycliste, Luc, venu là par hasard pour évacuer ses soucis en pédalant. Naufragé à Ault, il rencontre Sylvain, autre naufragé, mais naufragé immobile. Le temps d’une journée et d’une nuit, ils échangeront quelques mots, quelques histoires sur leur rapport à la solitude et aux autres. Ses yeux clairs fixés sur une attente (paysage, femme ou autre chose encore ?), Luc (Julien Lucas, présence très frappante) ressent un désarroi, un flottement assez étranges.

Les deux films, Le Naufragé et Un monde sans femmes, nous touchent directement, avec force. A ne pas manquer.

Un monde sans femmes, de Guillaume Brac, France, 58 minutes (précédé du court-métrage Le Naufragé, 25 minutes, avec Vincent Macaigne et Julien Lucas), avec Vincent Macaigne, Laure Calamy, Constance Rousseau, Laurent Papot. Sortie le 8 février 2012.

Infos pratiques

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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