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« Cosmos » : le retour tendre et hystérique de Zulawski

« Cosmos » : le retour tendre et hystérique de Zulawski

07 décembre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Le dernier film d’Andrzej Zulawski date d’il y a 15 ans. C’est son producteur, Paul Branco qui est allé cherché le réalisateur pour une adaptation de Cosmos, un livre touffu et tout fou de Witold Gombrowicz. Oscillant entre négociations de film très français et surréalisme polonais, le résultat est un film touchant, plein de sève, où l’on se réjouit de retrouver sur le mode tendre et maîtrisé toute l’hystérie de Zulawski.

[rating=4]

Grand échalas ténébreux né à Grenoble, Witold (Jonathan Genet, révélation du film et gothique convaincant) ne jure que par la littérature. Et pourtant ses parents l’on forcé à faire son droit. Ayant raté son année, il se réfugie dans une pension familiale pour potasser son rattrapage. Là, il rencontre un autre pensionnaire, Fuchs (Johan Libéreau, excellent!), qui vient de quitter sa boite de mode à Paris où il a frisé le burn out. Les deux garçons ont des aspirations diamétralement opposé et pourtant dans cette maison à la campagne tenu par un couple loufoque (Sabine Azéma et Jean-François Balmer, jouissifs) qui peine à contenir le sex-appeal de leur belle-fille fumeuse à la chaîne (Victoria Guerra). Et pourtant : à force de trouver des moineaux pendus, ils en viennent à se dire qu’un mystère hante la maison et commence une enquête que n’interrompt que l’oisiveté de grands bains de mer sous la pluie.

Moqueur et drôle, plein d’ironie vis-à-vis de lui-même et de la littérature qu’il cite, Adrezej Zulawski filme d’une main de maître ce huis-clos étrange et pénétrant où il restitue, mieux que quiconque le surréalisme potache et communicatif de Witold Gombrowicz. Joliment modernisée, la figure de l’étudiant romantique continue de parler à tout ancien adolescents avec ses accès de timidité et de bravoure, tandis que le personnage interprété par Johan Libéreau est plus contemporain, plus insaisissable dans ses références et ses aspirations. Il y a à la fois quelque chose de Stendhal et de François Ozon, de Goethe et de Fassbinder dans ces personnages attachants et troublants. La maison et son jardin, eux semblent vibrer comme un décor large et mouvant et le lieu est lui-même un personnage qui plante la meilleure atmosphère d’épouvante jamais vraiment entamée. Farfelu, enthousiaste, plein de vie et à la fois bourré de référence qui nous parlent à tous, ce Cosmos recrée vraiment tout un petit monde où tous les échos viennent nous hanter avec malice et a propos. Un léopard d’or de la meilleure réalisation bien mérité à Locarno, cet été 2015.

Cosmos, de Andrzej Zulawski, d’aprèsd le roman de Witold Gombrowicz (1964) avec Sabine Azéma, Jean-François Balmer, Jonathan Genet, Johan Libéreau, Victória Guerra, Clémentine Pons, alfama films, 1h42. Sortie le 9 décembre 2015.
visuels : photos officielles du film.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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