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« Ce que le temps a donné à l’homme », Sandrine Bonnaire filme sur Higelin

« Ce que le temps a donné à l’homme », Sandrine Bonnaire filme sur Higelin

30 octobre 2015 | PAR La Rédaction

Par Ariane Singer

Drôle d’endroit pour une rencontre. Jacques Higelin et Sandrine Bonnaire ont fait connaissance, il y a quelques années… dans un train. De ce hasard fécond sont nés deux moments artistiques marquants : une chanson, Duo d’anges heureux, figurant sur le dernier album du chanteur (Beau repaire) et un documentaire, diffusé ce dimanche sur Arte, que l’actrice et réalisatrice a tourné entre 2013 et 2014.

Dans ce film, intitulé « Ce que le temps a donné à l’homme », l’héroïne des films de Pialat brosse le portrait intimiste et émouvant du chanteur, qui vient de fêter ses cinquante ans de carrière et ses 75 ans à la Philharmonie de Paris. Mis « en confiance » par le regard de cette femme, Higelin s’y livre comme rarement. Loin de son côté fougueux, il revient sur les êtres qui l’ont mis sur le chemin de la création artistique : sa grand-mère, avec qui il chantait enfant, le guitariste Henri Crolla, son « père de substitution » ou encore son premier grand amour, la comédienne Irène Chabrier, à qui il écrivit ses inoubliables Lettres d’amour d’un soldat de vingt ans (Grasset, 1987).
Convaincue que le parcours d’Higelin s’est joué à ce moment charnière de son existence, Sandrine Bonnaire a fait de ce recueil, écrit lors de son service militaire en Algérie, le fil rouge de son film. Elle en a tiré des extraits, dont elle entrecoupe son récit. Et n’a pas hésité à ramener Higelin à Saint-Nazaire, où fut tourné « Le bonheur est pour demain », au cours duquel il rencontra Irène en 1960. Ce parti pris donne lieu à une scène bouleversante où, revoyant ce long-métrage d’Henri Fabiani, le chanteur peine à contenir son émotion.
La réalisatrice, qui retrace toute la carrière musicale du chanteur, s’attache aussi à capter sa présence sur scène. A travers les images d’archives comme dans des séquences filmées en live, lors de sa dernière tournée, Higelin s’y donne avec la même énergie. Aujourd’hui, les cheveux ont blanchi, la démarche est plus lente, et la voix plus éraillée, mais le courant qui passe entre la salle et lui est aussi fort qu’avant. Tout comme en coulisse… Dans le tour-bus qui sillonne la France, comme dans les minutes qui précèdent les concerts, la complicité avec ses musiciens (Mahut, son fidèle percussionniste, Alice Botté, son guitariste) jaillit avec évidence.
La récente amitié entre le chanteur et la comédienne se prête aux confidences. Allongés sur un lit, assis autour d’une table dans une maison de vacances, dans l’intimité de sa maison de Pantin, ou dans un train, Higelin parle. De la vieillesse, qui s’invite sur son visage souvent fatigué. De la mort dont la perspective commence à devenir « une réalité ». De ses enfants. L’occasion pour lui, de rappeler sa fierté d’avoir engendré trois artistes (Arthur, Ken, Izïa), mais aussi son regret de ne pas avoir assez consacré de temps aux deux premiers parce qu’il était sur les routes.
Ponctué de gros plans immobiles et souriants d’un Higelin cheveux au vent, en Corse, Ce que le temps a donné est surtout la célébration d’une rencontre. « Les êtres qui doivent se rencontrer finissent toujours par se rencontrer, a écrit le chanteur. Faut pas être pressé. Seulement voilà : pour ne pas les rater, faut pas se rater ». A l’évidence, ces deux-là ont su s’attendre. Et se trouver.

Ariane Singer.
Ce que le temps a donné à l’homme, par Sandrine Bonnaire. Arte, dimanche 1er novembre, 22h55. 52 minutes

Un documentaire de Sandrine Bonnaire, une coproduction arte France, adltv productions.

Visuels :© D.R.et Augustin Detienne.

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