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A la TV ce soir: Critique du culte « Attack the Block »: invasion extraterrestre dans une cité chaude de Londres

A la TV ce soir: Critique du culte « Attack the Block »: invasion extraterrestre dans une cité chaude de Londres

23 mars 2014 | PAR Gilles Herail

Diffusé le 24 Mars sur France4. La parodie régressive annoncée surprend par une tonalité mouvante entre série Z et chronique urbaine. Attack the Block n’est pas aussi débridé que prévu mais surprend avec un vrai spectacle de qualité. Synopsis: Un gang d’adolescents fait face à une invasion de féroces extraterrestres. Leur affrontement transforme une cité de Londres en une cour de récréation futuriste, un immeuble en une forteresse assiégée et des zonards en héros… [rating=4]

Le cinéma anglais ne se résume pas aux films ouvriers à la Ken Loach ou aux comédies romantiques so British. Depuis quelques années, un cinéma de genre à l’humour incisif s’est fortement développé, autour de Shawn of the Dead, Hot Fuzz, Paul ou le très récent et réussi Le dernier pub avant la fin du mondeLes références très geek ciblent un public restreint, qui sera peut être déconcerté par le décor d’Attack the Block qui s’installe dans un quartier HLM du sud de Londres. Attack the block est un improbable mélange qui ne cherche pas forcément la cohérence. On y trouve un peu de tout. Des vannes hilarantes que les jeunes s’envoient entre eux. Des course poursuites avec les « wolf dogs motherfuckers » qui utilisent à la perfection l’atmosphère sombre et labyrinthique de la cité. La série Z est assumée avec son lot d’attaques sanglantes et ses extraterrestres mystérieux marqués par leurs dents fluorescentes. Le film n’aurait pu être que ça. Une transposition du traditionnel schéma « groupe d’anti héros qui se bat contre un ennemi commun monstrueux » dans l’univers de la banlieue (au sens français du terme).

Contrairement à ce que les critiques françaises semblent dire, John Cornish n’a pas voulu désamorcer tout « message » politique ou social. Contrairement au dessin animé français Lascars qui utilisait simplement la banlieue comme fond, Attack the Block est bourré de contradictions dans sa volonté d’être sérieux ou ironique. Ce qui fait tout son intérêt. Au premier degré, on est bien dans une forme de réalisme social britannique et une certaine dureté dans la scène d’agression de la jeune étudiante qui va ensuite rallier le groupe de jeunes. Le message de rédemption est présent. Le protagoniste mutique devient un leader charismatique dont l’héroïsme naissant s’exprimera dans une très belle scène finale. Tout l’univers du film de ghetto est présent avec sa musique, ses codes, sa violence. Film social ou parodie? Plusieurs scènes laissent incertains quant aux intentions des auteurs. Le héros qui est sauvé de l’explosion en se raccrochant à un drapeau britannique. Les images finales, qui ressemblent au plan près aux derniers instants de Ma Part du gâteau de Klapisch qui se concluait sur une même acclamation d’un héros populaire arrêté par la police.

L’ensemble du film semble marqué par une hésitation qui est aussi celle de ses personnages. La fascination pour le ghetto américain, le rap US, les guns, la violence débridée qu’on retrouvait déjà dans La Haine. Et la réalité anglaise de ces jeunes (Londres n’est pas Chicago et encore moins un bidon-ville d’Afrique du Sud) qui détourne les clichés sur fond d’accent britannique qui fait quand même moins sérieux pour se la jouer Harlem! L’étudiante bobo habite en réalité dans le même immeuble. Les gamins sont choqués quand elle jure trop souvent. Le film sait jouer de ces décalages entre le fantasme et la réalité à la manière du très surprenant We are Four lions qui suivait les péripéties d’un groupe d’anglais souhaitant se convertir au terrorisme islamiste. Attack the Block est un très bon divertissement, moins ironique que prévu mais ultra efficace dans son filon du cinéma de genre horrifique, voire assez esthétique malgré son manque criant de moyens. Le film est parfois maladroit en essayant de politiser ou psychologiser son discours mais ses contradictions sont passionnantes, montrant la difficulté d’aborder un cinéma de banlieue qui soit totalement gratuit. De la parodie annoncée et parfois présente, John Cornish tire aussi un portait héroïque et épique de jeunes devenus héros. Après We are four lions qui effaçait aussi la frontière entre ironie et sérieux, le cinéma anglais continue d’inventer un genre hybride, assez désarçonnant.

Gilles Hérail

Attack the Block, un film anglais de Joe Cornish avec John Boyega, Joddie Whittaker, Alex Esmail, Nick Frost, 1h28, sortie le 20 juillet 2011

 

 

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