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« Jusqu’ici tout va bien »: les étudiant.es de Kourtrajmé s’exposent au Palais de Tokyo

« Jusqu’ici tout va bien »: les étudiant.es de Kourtrajmé s’exposent au Palais de Tokyo

28 août 2020 | PAR Chloé Hubert

Presque 25 ans après La Haine de Mathieu Kassovitz, les étudiant.es de l’école Kourtrajmé s’exposent au Palais de Tokyo. Avec « Jusqu’ici tout va bien », cette nouvelle génération d’artistes prometteurs dresse un pont entre La Haine et Les Misérables et mêlent avec puissance l’intime et le politique. Une exposition capsule à ne pas rater du 29 août au 7 septembre.

« Qu’est ce qui vous fout la haine ? »

C’est avec cette question que la trentaine d’étudiant.es de l’école Kourtrajmé a travaillé pour proposer l’exposition capsule « Jusqu’ici tout va bien » au Palais de Tokyo à découvrir du 29 août au 7 septembre. Presque 25 ans après La Haine, film culte de Mathieu Kassovitz, comme un cri contre la stigmatisation des banlieues et les violences policières et sociales, Ladj Ly sortait Les Misérables. L’époque a changé, les personnages ne sont plus les mêmes, mais le fond du problème est toujours là. L’exposition dresse ici un pont entre ces deux films oscarisés à l’aide de cette nouvelle génération d’artistes émergents de l’école Kourtrajmé. Fondée en 2018 par Ladj Ly, véritable « enfant de la Haine », cette école gratuite et sans condition d’entrée est intimement liée à ce film même si la plus part de ses étudiant.es n’étaient pas né.es au moment de sa sortie. Ainsi, plus que leur regard actuel sur le film La Haine, c’est surtout sur l’esprit de celui-ci que Mathieu Kassovitz voulait voir les étudiant.es s’exprimer. Sur l’injonction au regard et au respect qui est mis en scène dans le film, et surtout sur cette haine, qui elle est toujours là. Mathieu Kassovitz, Ladj Ly et JR en trio de co-commissaires permettent de faire le pont entre ces deux époques.

Une déambulation dans entre l’intime et le politique

L’exposition rassemble une vingtaine d’oeuvres toutes créées pour l’occasion en un temps très court, sur quelques mois seulement. Si un des mots d’ordre de l’école Kourtrajmé est « pas de temps, pas d’argent mais de la débrouille » comme le raconte en riant un des artistes, l’exposition, elle n’a rien d’amateur. Sont regroupées des oeuvres plastiques et cinématographiques qui s’inspirent du quotidiens des élèves, tout en le mettant en perspective avec le film La Haine et des considérations socio-politiques plus générales. Il y a par exemple la chambre de Sarah, petite soeur de Vinz au rôle secondaire dans la Haine qui prend ici vie. Une manière pour Émilie Pria d’interroger celles qui restent et qui luttent, notamment les soeurs, à la manière d’Assa Traoré. On reconnait d’ailleurs Assa Traoré dans les portraits de femmes puissantes d’Elea Jeanne Schmitter qui sont en réalité des autoportraits dirigés (on retrouve le déclencheur dans toutes les mains, ce qui lui donne tout à coup des airs de grenade), dispositif qui permet de leur redonner le pouvoir sur leurs propres représentations. Il y a aussi l’installation d’Aristide Barraud qui cherche à reconstituer, à partir de la photo d’Adbel Ichaha, l’histoire du jeune garçon victime de violences policières dans La Haine, à l’instar de tous ceux qui le sont pour de vrai et dont on ne sait souvent rien d’autre que le nom. On pourrait vous parler des chaises de guetteurs en béton, matière maitresse dans les cités, créées par Ismail Alaoui Fdili, ou encore des peintures de Baye-Dam Cissé. On vous conseille plutôt d’allez voir par vous-même, l’exposition en vaut vraiment le détour.

« L’important c’est pas la chute », mais c’est de s’envoler

Si la haine est toujours là, elle peut désormais être constructive, soulignent les co-commissaires de l’exposition. On lui donne la possibilité de s’exprimer dans l’art, non pas comme un exutoire mais bien comme une arme, à l’instar du célèbre cliché de Ladj Ly réalisé par JR en 2005 à Clichy-sous-Bois sur lequel on voit le réalisateur tenir sa caméra comme une arme, désormais logo de Kourtrajmé. Pour cette nouvelle génération, l’école apparait comme une véritable bouffée d’air, brèche dans des destins qui ne les prédisposaient pas à exposer au Palais de Tokyo. La bouffée d’air est aussi valable pour le monde de l’art. L’entrée dans celui-ci de ces jeunes artistes femmes et/ou issues des minorités visibles et/ou des classes populaires (parfois donc à l’intersection de plusieurs dominations au sein de la société) mais également l’entrée des questionnement sur le genre (comme le fait le travail de Nouta Kiaie) fait beaucoup de bien. Le regard artistique y est ainsi renouvelé, plus politique, plus urgent, plus fondamental.

« Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien. Mais l’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ». Ces jeunes artistes, eux, s’envolent.

Visuel: ©Affiche de l’exposition « Jusqu’ici tout va bien »/ Facebook : https://www.facebook.com/events/338163127589082

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