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Amour et turbulences, une comédie en décalage adultère

Amour et turbulences, une comédie en décalage adultère

02 avril 2013 | PAR Melissa Chemam

Comédie romantique dans les airs pour trentenaires, ‘Amour et Turbulences’ se veut une série de premières à lui tout seul : premier film du drolatique Alexandre Castagnetti, premier premier rôle pour Nicolas Bedos et première comédie romantique à la française.

Elle a mis trois réveils pour être sûre de ne pas rater son vol et trouve le temps d’arroser les plantes et de ranger l’appartement de son amie avant de prendre son taxi pour JFK, arrivant tellement tôt qu’elle se fait surclasser en business. Lui, se réveille à la dernière minute, entre deux amantes d’un soir, filant pour une douche ‘à la française’, leur explique-t-il, un coup de déodorant dans le pantalon, manquant de rater le vol et devant multiplier les mensonges pour convaincre le Stewart de rouvrir les portes pour le laisser prendre place dans ce vol pour Paris qu’il ne doit absolument pas manquer. Elle et lui… se retrouve alors côte à côte sur ce vol, trois ans après une rupture que l’on devine vite peu apaisée. Elle et lui… et un avion donc, ce qui pourrait être un autre (meilleur ?) titre pour cette comédie romantique à la française, un genre que cette génération de cinéastes semble pressée de dompter, sans trop encore savoir si le public, gorgé des versions outre-Atlantique, va le prendre ou le laisser. Pour le flatter un peu peut-être, ce public, le film s’ouvre d’ailleurs sur les rues désertes de New York au petit matin, bercé par un air de jazz et des relents Woody-alleniens, comme pour rassurer ou tenter d’emporter l’adhésion.
Mais nous quittons vite New York, comme les personnages, et c’est une touche très française qui est ici visée, un certain humour, qui a pris en renfort des acteurs bien connus tels que Clémentine Célarié, Brigitte Catillon et Jackie Berroyer dans les seconds rôles. Que reste-t-il alors ? Une femme, un homme qui visiblement se sont aimés puis détestés, et se retrouvent malgré eux enchaînés à leurs ceintures de sécurité contiguës pour les sept prochaines heures. Bien sûr, à la carlingue succèdent vite des vagues de souvenirs qui retracent en flash back un peu prévisibles les moments forts qui ont mené les deux êtres qu’incarnent Ludivine Sagnier et Nicolas Bedos à s’adorer puis à se haïr dans un Paris de contes de fée.
Ce qu’on aime d’emblée, c’est que l’un comme l’autre, Julie et Antoine se montrent bourrés de défauts et d’orgueil, touchant et douteux, et que l’histoire se construit autour d’un bel équilibre entre les personnages, hommes et femmes, protagonistes et adjuvants. Julie est une aspirante artiste maladivement jalouse, inspirée par sa mère célibataire (Clémentine Célarié) vers un rejet des hommes. Mais quand elle tombe sur Antoine, l’avocat séducteur qui tombe lui les filles sans efforts, est loin de se laisser emballer. On nous montre ici mal pourquoi, à travers une scène de dîner assez pauvre, où, comme dans tous les films du genre, la musique et les ellipses tiennent lieu d’opération de séduction, mais il finit par la séduire car il tombe lui-même amoureux – en gros. De toute évidence, ce n’est pas le propos. Ce qui compte ici, c’est qu’Antoine sait au moment où il la reconnait dans l’avion qu’il veut récupérer Julie, bien qu’elle soit fiancée à un autre et doive se marier le samedi suivant. Si l’amour ne dure pas trois ans, comme dans le (presque) seul film où Nicolas Bedos a déjà ‘fait l’acteur’ comme il aime à le dire lui-même, l’amour a survécu aux trois ans de séparation, il en est sûr. Et ses voisins de rangées aussi. Ils vont devenir les juges de cette affaire dans laquelle il devra tenter de rappeler à Julie leurs meilleurs moments tout en effaçant les causes profondes de la rupture, entre jalousie héréditaire féminine et érotomanie patente masculine, peur de perdre l’autre et joie de se faire déposséder par amour.
La mise en scène permet un aller-retour assez délicat entre les scènes de flash back et les dialogues contemporains dans les airs, et la photographie se veut aussi glamour que cliché, un trait sans lequel il semble que la comédie romantique n’existe purement et simplement pas, qu’elle soit US ou Frenchy. Le tout avec un peps que l’on doit à l’univers d’Alexandre Castagnetti, l’un des pères de la Chanson du Dimanche, et à des dialogues légers et bien ficelés, réécrits par Bedos et retravaillés avec les acteurs.
Et même si le spectateur se prend à croire à la sincérité d’Antoine, l’alcoolique séducteur, notamment porté par la néophyte ingénuité de l’acteur Nicolas Bedos, il ne s’en détache pas pour autant de Julie, un personnage certes loin d’être à la hauteur des rôles précédents de Ludivine Sagnier mais qui reste attachant par son jeu de forces et de faiblesses. L’histoire néanmoins ne décolle pas de la bluette des temps modernes, aussi légère qu’un vol d’oiseau, heureusement moins longue qu’un véritable New York – Paris ; et en une heure et trente six minutes, il ne vous restera que peu de temps pour douter de la destination finale de ce couple de désaxés romantiques. Pour les fans du genre (nouveau).

Amour et turbulences, d’Alexandre Castagnetti, avec Ludivine Sagnier, Nicolas Bedos, Jonathan Cohen, Clémentine Célarié, Brigitte Catillon, Jackie Berroyer, France, 2013, 1h36. Sortie le 3 avril 2013.

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Melissa Chemam

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