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« Adieu Paris » les dernières heures de la vie parisienne par Edouard Baer

« Adieu Paris » les dernières heures de la vie parisienne par Edouard Baer

08 janvier 2022 | PAR Olivia Leboyer
Adieu paris

Après les divagations nocturnes, en pointillés, d’Ouvert la nuit (2017), Edouard Baer nous offre un film cruel et touchant sur l’amitié, le temps qui nous dépasse, et la vie parisienne. Une pléiade d’acteurs extraordinaires pour un beau moment de partage et de mélancolie.

Edouard Baer, fantaisiste et plein de vie, n’est pas un nostalgique. Non, mais il voudrait, quand même, que les choses qu’il a aimées enfant ne disparaissent pas.

Avec ce Adieu Paris, il célèbre les bandes d’acteurs d’antan, les Jean Rochefort (son ami proche), Marielle, Noiret, les Belmondo-Charles Gérard, les grandes heures du Paris noctambules et foutraque avec ses lieux dits emblématiques. Ici, la flamboyance a vécu, le flambeau est en train de s’éteindre. Les grands acteurs se réunissent une fois par an à La Closerie des Lilas (que tout le monde connaît), à bout de souffle et d’inspiration.

Arrivés à 70 ou 80 ans, perclus de soucis intimes, ces monstres sacrés persistent à porter beau, ne baissent pas la garde. C’est à la fois très touchant et assez pathétique. A leur âge, pas de dîner, mais un déjeuner. Le plus théâtral, Pierre Arditi, mène le jeu. Impérial, avec ses lunettes bleues fumées, Daniel Prévost – habitué du Rosebud de la rue Delambre voisine – dit tout ce qui lui passe par le tête (y compris que se propre tête ne lui revient pas, dans un aveu attendrissant). Bernard Murat prend des lignes de coke pour conserver le rythme. Jackie Berroyer, plus intellectuel que les autres, trône en majesté mais, secrètement, perd pied. Et Bernard Le Coq, toujours merveilleusement séduisant, s’embourbe dans des dragues qui ne sont plus de saison. Quant à Michael (Gérard Depardieu), il se fait attendre, comme il se doit. Il n’a plus envie. Peut-être n’a-t-il jamais eu vraiment envie.

Au comptoir de la Closerie, Jean-François Stévenin cite d’ailleurs Johnny (Stévenin, on le sait, était un grand fan et ami de Johnny), qui ne venait pas trop là car « il était allergique aux lilas« . Note incongrue, comme toute cette partition décousue et triste sur un rituel qui perd son sel. Réunis, les amis peinent à lancer les traits d’esprit habituels. La conversation patine, sur le temps, l’âge ou la Shoah. François Damiens, convive de la génération d’après, a invité, comme chaque année, un nouveau, Benoît Poelevoorde. Mystérieusement, comme à la cour de récré, ce dernier est fermement « exclu » par Pierre Arditi et sommé de rester loin de la table. Table où les poireaux vinaigrette d’antan ont été remplacés par une coccinelle-mozzarella, et le traditionnel pot-au-feu par une simple daube sans os à moëlle.

Dans ce déjeuner poussif et discordant, les éclats de sincérité se mêlent aux grandes déclarations pleines d’esbroufe. L’essentiel est gardé pour soi, et l’amitié tourne en rond, dans une atmosphère gênée. Edouard Baer, qui fait une apparition, est maître dans cette description d’un malaise diffus, qui tente de se faire passer pour de la gaieté.

Petit club d’hommes, Adieu Paris fait un peu penser au roman Le Club de Leonard Michaels (à noter, les présences discrètes et bienveillantes d’Isabelle Nanty, Léa Drucker, Ludivine Sagnier)

Adieu Paris, d’Edouard Baer, France, 1h36, avec Pierre Arditi, Jackie Berroyer, Gérard Daguerre, François Damiens, Gérard Depardieu, Léa Drucker, Bernard Le Coq, Bernard Murat, Isabelle Nanty, Yoshi Oïda, Benoît Poelvoorde, Daniel Prévost, Ludivine Sagnier, Jean-François Stévenin. Sortie le 26 janvier 2022.

visuels: affiche et photo officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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