Cinema

4e jour cannois , la TJC prise entre le docu-fiction et le film de guerre

16 mai 2010 | PAR Coline Crance

Aujourd’hui la Toute jeune critique a visionné le film Armadillo du cinéaste danois Janus Metz. Le réalisateur qui porte bien son prénom , livre un premier film engagé qui filme de jeunes soldats danois partis en Afghanistan lutter contre les talibans …

Critique de Marie CHARLIER Lycée Henri Martin SAINT QUENTIN :

Armadillo, la fin de l’innocence.

La guerre est une question de point de vue. Janus Metz a alors implanté ses caméras en Afghanistan, dans un régiment danois, pour montrer la réalité de la guerre. Mais ce film impose un doute : est-ce un documentaire ou un documenteur ? Les documenteurs sont des fictions créées à partir du principe que la caméra obtient un rôle dans le récit, qu’elle accompagne des reporters comme dans REC, ou encore des circonstances fantastiques dans Cloverfield. Certains ont alors prétendu que, plus important qu’une mode, naissait un nouveau genre. Même si l’image est très belle, que la caméra à l’épaule est maîtrisée, on retrouve les marques du documentaire lors des scènes de combat, où les images sont prises dès les casques des soldats. Malgré le choix d’une caméra objective sur la situation et d’une volonté de l’effacer aux yeux de la section, le réalisateur instaure des émotions plus fortes par la dramatisation grâce à la musique et les témoignages des hommes. Au contraire, certaines interviews mènent vers le documentaire. La frontière reste alors floue.

Mais la guerre rend les gens flous. On écrit et on pense parfois que l’arme sert à l’égalité, alors que cette troupe voit les talibans comme des bêtes, qui ne sont plus humains, et qu’il faut alors se sauver, sauver l’Humanité de ses démons. Mais comment abattre de sang froid des gens qui nous ressemblent ? Paradoxes s’ensuivent, l’Humanité en guerre. Garder des sentiments et de la reconnaissance pour les civils nuit à sa sauvegarde. On ne peut avoir pitié, être triste pour l’autre. Indemnisons les civils et oublions-les, on semble les aider mais on accepte leur mort. Mais ces hommes, peut-être blessés, se sont engagés et ensuite se félicitent de leurs actes horribles. Des actes présents, dans un paysage resplendissant : une complexité de l’homme, qui pour se sauver blesse le Monde.

En tout cas, la situation rabaisse ce peuple armé, garant de la sécurité. Ces hommes deviennent injustifiables, autant par leurs pensées que leurs attitudes. La masculinité se caricature : ils deviennent friands de pornographie, ainsi que de jeu de guerre sur PC. Une grenade lancée ne se retrouve pas dans la réalité ? Une dernière note conclue sur le destin de chacun des soldats : ils repartiront.Le film encore raisonne.

Critique d’Aurore Marmin, lycée Jean Cassaigne, Saint Pierre Dumont :

Le théâtre des opérations

Armadillo. Ce nom là vous est probablement inconnu. C’est pourtant dans ce recoin d’Afghanistan que partent en mission des centaines de militaires danois afin de lutter contre le régime Taliban. Entre documentaire et fiction, le film de Janus Metz décrit les six mois d’engagement des soldats. Le réalisateur a suivi pendant environ trois mois et demi ces combattants prêts à tout pour repousser les hostilités plus loin au nord et « nettoyer la région ».

Le cinéaste a partagé le quotidien des soldats pour capter leur ressenti et leurs émotions du « grand départ » à leur retour au pays. Des images fortes et touchantes sont présentes dès le début de ce long métrage accompagnées d’une musique trop prégnante. Janus Metz abuse de cet artifice certes souvent employé dans les films, mais ici, si la musique est appropriée aux circonstances, elle est excessivement présente, ce qui peut lasser le spectateur.

En ce qui concerne la mise en scène, le public peut émettre certaines réserves. Les « acteurs-soldats » exagèrent ou faussent leur comportement devant la caméra. Cette maladresse est sans doute due au stress des soldats face aux évènements ou à la fierté de se rendre compte que leur vie, sans cesse confrontée au danger et à la mort, intéresse un cinéaste.

Le spectateur peut alors oublier qu’Armadillo est avant tout un documentaire.

Après avoir vécu plus de 3 mois dans la terreur et dans l’inquiétude de la guerre, Janus Metz offre un documentaire fort en émotions ne laissant personne indifférent.

Critique de Georges HAUCHARD-HEUTTE Lycée Pierre Corneille Rouen :

Bien plus loin que l’écran…

Armadillo. Une base militaire danoise au milieu de l’Afghanistan, loin de la civilisation, où l’humanité peut parfois se transformer en bestialité. Les militaires cohabitant dans l’enceinte de cette base se battent contre un ennemi quasiment invisible, et entre les talibans et eux s’interposent les civils. Difficile de distinguer l’ennemi de l’autochtone neutre, lorsque ceux-ci se ressemblent et que la guerre vient accentuer la méfiance.

Cette histoire, est-ce celle d’un jeu-vidéo ? Celle d’un film de guerre vantant les mérites d’une l’armée valeureuse ? Non. C’est l’histoire que nous connaissons tous par n’importe quels médias, sans imaginer comment elle se déroule vraiment : la guerre en Afghanistan.

Seulement, lorsque l’on est face au victimes de sa propre peur, des cadavres horribles, il faut déshumaniser l’ennemi pour garder la tête haute. C’est justement ce que font ces soldats bien réels face à une guerre au milieu de nulle part, mais une guerre parfaitement vraie.

Ce documentaire de Janus Metz relate d’une manière bien particulière cette histoire, car la tentation de la fiction est parfois visible. Les images et les faits en deviennent beaucoup plus forts, et la qualité cinématographique devient encore plus impressionnante. L’image est souvent très esthétique, et la force qu’elle acquiert (la guerre est bien réelle) a pour effet d’emporter le spectateur au cœur du combat, au fond de l’image, bien plus loin que l’écran… La maîtrise du cadrage en devient doublement plus incroyable, car la caméra à l’épaule, obligatoire dans ce genre de conditions, n’a pas cette volonté de mettre le spectateur au milieu du conflit par des mouvements incessants ; elle est toujours stabilisée du mieux possible. L’image se confère donc elle même sa propre force.

Et si les musiques additionnelles et la bande sonore d’une rare qualité nous questionnent, rien dans cette œuvre ne vient donner un caractère « faux documentaire » car c’est avec un style sublime et personnel que Janus Metz dénonce la guerre en la montrant objectivement.

Critique de Justine Piron, Lycée Carnot , Cannes :

ARMADILLO : réalité ou fiction ?

Un documentaire ne reflète jamais LA réalité mais UNE réalité. ARMADILLO est un film du réalisateur danois, JANUS METZ. Au travers de celui-ci, il nous dépeint de jeunes soldats, sous adrénaline, partis pour la première fois en guerre, au camp d’Armadillo, en Afghanistan. Ils sont comme sous l’emprise d’une drogue, elle devient un besoin, une envie, une distraction. La guerre est séduisante mais, face à la mort, on est encore plus ivre de vivre. Plus qu’un film sur l’Afghanistan c’est un film sur l’humanité. On se rend compte que l’œuvre évolue entre le documentaire et la fiction, entre la Civilisation et les archaïsmes. On peut alors être amené à se demander : Qu’est-ce que l’humanité? Qu’est-ce que la guerre?

JANUS METZ, réalisateur prometteur est allé passer 3 mois et demi sur le terrain afin de mieux comprendre la vie des soldats, leurs visions et leurs sentiments. Cependant, face à la dure réalité des attentes incessantes et à l’extrême violence des combats, il s’est vu dans l’obligation de couper cette période par plusieurs voyages. Ils lui ont été bénéfiques car ils lui ont permis de garder en vue son objectif, le message qu’il voulait délivrer et de ne pas sombrer dans une mélancolie profonde.

Le son – musique et bruits (tirs, cris…) – tient dans ce long métrage un rôle important. En effet, il sert à la dramatisation et à la véracité de l’histoire. Cette vraisemblance est, de plus, servie par l’utilisation de caméras à l’épaule et de mini-caméras sur les casques qui nous plongent, comme les soldats, au cœur de l’action. Il ne faut pas oublier que dans ce film, il n’y a pas d’acteurs mais seulement de vrais soldats danois envoyés sur le front afghans afin de combattre les talibans. Cet élément est important, c’est un documentaire. Néanmoins, cet aspect est un peu contrasté par un aller/retour du jeu vidéo à la réalité ainsi que l’uniforme des soldats qui peut nous faire penser à de vieux films de science-fiction. Il y a ici une hyper réalité qui fait que le son et les images sont plus forts qu’un discours. On s’en rend notamment compte dans les scènes où les soldats appellent leurs parents au téléphone ou encore sur le plan fixe d’un jeune homme sérieusement blessé qui surpassent tous les longs discours.

Sur le plan psychologique, l’œuvre arrive, au travers de différents portraits de soldats, à une meilleure compréhension de leurs sentiments ainsi que de leurs actions. On assiste alors à une confrontation entre la réalité et nos idéaux. Le spectateur entend les rires des soldats lors d’un débriefing après une attaque. Il sent aussi la motivation de ces hommes pour qui la guerre est une aventure, un esprit de groupe. Il prend donc conscience que les soldats ont besoin de déshumaniser l’ennemi afin de continuer au mieux leurs missions. Cela est certes compréhensible mais n’en reste pas moins choquant comme lorsque que l’on entend qu’ils les ont «tués le plus humainement possible». Comment pouvons-nous tuer quelqu’un de façon humaine?

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Coline Crance

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