Cinema

127 heures quand le trekker devient slumdog

127 heures quand le trekker devient slumdog

14 février 2011 | PAR Yaël Hirsch

Oscarisé pour « Slumdog Millionaire » (2008), le réalisateur britannique Danny Boyle revient sur nos grands écrans le 23 février prochain. Sa caméra toujours survoltée s’est cette fois-ci posée sur un Canyon américain où le merveilleux James Franco (« Mange, prie, aime », « Harvey Milk »), vit un huis clos de 127 heures avec sa caméra absolument haletant. Un film sort sur l’instinct de survie.

2003. Aron Ralston (James Franco) est geek la semaine et le week-end, c’est un passionné de randonnée. Il part seul, sans téléphone et outillé jusqu’aux dents pour des heures d’efforts physiques intenses dans les plus beaux paysages du cœur des États-Unis. Un samedi, il se rend dans un Canyon de l’Utah, sans prévenir personne. Mais la routine de vélo, d’alpinisme, de course et de nage s’enraye, quand il se retrouve bloqué au fond d’un canyon. Un rocher s’éboule et arrête net le trekker expérimenté en lui bloquant la main contre une paroi. Dans cet endroit isolé où jamais personne ne passe. Le jeune-homme n’a plus qu’un demi-litre d’eau, très peu de nourriture, un peu de corde, et un couteau élimé… Il a aussi sa caméra, munie d’une batterie qui semble infinie, et à laquelle il confie ses regrets et ses pensées.

Ceux qui ont aimé « Slumdog millionaire » retrouveront dans « 127 heures » l’énergie de Danny Boyle. James Franco a beau être immobilisé, son esprit oscille entre vagabondage et concentration de pro, jusqu’à ce que la déshydratation le fasse divaguer. Agrippant le spectateur dès les premières images par des paysages époustouflants, Boyle use et abuse du split screen et du rock pour donner encore plus de couleur et de rythme à la mise en bouche. Fort heureusement, James Franco perd son casque dans l’éboulement de la pierre, et à partir du moment où le héros est immobilisé, la vivacité de la caméra ne fait que soutenir avec maestria un suspense haletant autour de la description clinique d’un homme prisonnier d’un canyon et qu’il sait qu’il n’a plus que 5 jours à vivre… A l’image de la qualité des photos et de l’organisation parfaite du suspense, le scenario est parfaitement construit, puisqu’il permet de deviner la vie d’un citoyen américain de la upper middle classe d’une trentaine d’années, sans trop appuyer sur l’émotion ou sur les clichés des derniers jours du condamné. Le reportage clinique de la dégradation physique du prisonnier prend le pas sur les poncifs psychologiques, avec une réalisme éblouissant. Mais avant tout, « 127 heures » est un film sur le désir de vivre. James Franco joue très exactement les étapes de ce refus. Et incarne de la manière à la fois la plus prosaïque et la plus extrême la question de l’absurde et de la fatalité de la mort. Ce fond compact et existentiel fait de « 127 heures » plus qu’un bon film : c’est un grand moment de cinéma.

« 127 heures », de Danny Boyle, avec James Franco, Amber Tamblyn, Kate Mara, et Clémence Poésy, 2010, 01h34. Sortie le 23 février.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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