Arts
Un havre d’art « pour tous » à seulement 2h de Paris…

Un havre d’art « pour tous » à seulement 2h de Paris…

27 février 2013 | PAR Romeo Fratti

Oubliez Paris et Metz, trêve de Centres Pompidou sédentaires ! Le Centre Pompidou nomade s’installe au Havre jusqu’au 22 mai 2013.

Situé sur la rive droite de l’estuaire de la Seine, Le Havre a inspiré plusieurs artistes: c’est dans son port que Claude Monet peint en 1872 Impression, soleil levant, un tableau qui donne le ton de l’art pictural impressionniste: le vrai que l’on doit atteindre consiste précisément à saisir l’impression, le jeu d’échos des lumières et des couleurs; dès les premières années du vingtième siècle en revanche, la tendance principale qui s’affirme dans la peinture et la sculpture recherche le vrai dans les choses, et les choses sont délimitées, finies, enserrées dans le “trait” et le “contour”. Lignes simples et essentielles que le trait et le contour, qui permettent à l’œil de se représenter les formes, les mesures, les grandeurs du réel.

Simultanément port impressionniste des « ciels brouillés » d’Eugène Boudin et commune géométrique des lignes architecturales d’Auguste Perret, Le Havre se devait d’accueillir le nouvel accrochage artistique du Centre Pompidou mobile: courbes, tranchées, accentuées, les lignes s’y invitent pour dessiner les cercles et les carrés de seize chefs d’œuvre de l’art abstrait.

Nous ouvrons une parenthèse pour vous préciser que nous avons usé plus haut du complément « pour tous », si fashion en ce moment, afin de souligner l’accessibilité de cette exposition : quel que soit leur âge, vos enfants ne seront pas perdus devant la beauté – « bizarre » ou « convulsive » dixit respectivement Charles Baudelaire et André Breton – de ces réalisations, au contraire : ils seront fascinés, peut-être même amusés. S’ils sont réticents, prenez-les au piège, dites-leur que vous les emmenez au cirque : vu de l’extérieur, le Centre ressemble à un chapiteau…puis, une fois à l’intérieur, hop, vous les avez eus ! (Je ferme la parenthèse).

À coup sûr, la pièce Untitled (Sans titre) de Dan Flavin, datée de 1971, attirera l’attention de chacun : constitué de néons industriels, ce cadre fait entrer la lumière électrique dans la sphère des matériaux de la production artistique. Fluorescentes, les lueurs rougeoyantes, bleues, jaunes, diffusées par ces tubes, captivent l’œil, franchissent les limites spatiales de l’œuvre et se propagent sur nos corps, les faisant ainsi entrer en résonance avec cet “art d’usine”. C’est la matérialité même de l’expérience fusionnelle avec la création qui est ici suggérée.

Une expérience qui relève à la fois du jeu et du défi, un défi lancé par l’art qui se joue de notre rapport au réel, ainsi que de notre imagination. Voyez plutôt : les Cuadrados oliva y negro (Carrés olive et noir) de Jesús Rafael Soto, réalisés en 1966, donnent à voir des carrés métalliques fixés sur un arrière-plan rayé. Selon le mouvement des yeux, ces carrés “semblent” vibrer plus ou moins vite. Pour le moins déconcertante, l’illusion optique produite est l’effet de la rencontre contradictoire de deux réseaux de lignes.

Une perturbation de la perception du spectateur que nous propose également la Cabane éclatée n°6 de Daniel Buren, issue de la série Cabanes éclatées de 1985: composée de larges rayures alternativement blanches et jaunes, à la fois ouverte et close, la Cabane sollicite sans cesse le regard du spectateur en s’offrant à sa libre déambulation et en multipliant ainsi les perspectives sur ce qui l’entoure.

En seize œuvres, le parcours havrais conçu par le Centre Pompidou mobile nous invite, bien plus qu’à une initiation aux grands classiques de l’art abstrait, à une mise en question permanente de nos rapports à la réalité des espaces. Une exposition qui « nous emmène dans son univers » comme dirait André Manoukian.

Visuel (c) : affiche du Centre Pompidou mobile

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Romeo Fratti

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