Arts
Quand Nicolas Poussin entre aux Gobelins

Quand Nicolas Poussin entre aux Gobelins

23 mai 2012 | PAR Sarah Barry

Après une escale à la villa Médicis de Rome et au musée des Beaux-Arts de Bordeaux, la grande Tenture de Moïse, réalisée d’après huit tableaux de Nicolas Poussin et deux de Charles Le Brun, est exposée pour la première fois à Paris depuis sa création (vers 1683-85). L’exposition « Poussin et Moïse – Histoires tissées » à la Galerie des Gobelins célèbre un immense artiste du XVIIème siècle français, qui n’avait pas reçu un tel hommage depuis 1994.

Voilà maintenant près de quatre siècles que l’on tisse dans les espaces des Gobelins à Paris. La manufacture royale naît en 1662, les premières activités du secteur ayant éveillé l’intérêt de Louis XIV, qui y voit un outil de glorification pour sa monarchie. Elle est placée sous l’autorité du premier peintre du roi, alors Charles Le Brun, dont les oeuvres inspirent les tapisseries. Quelques temps plus tard, le marquis de Louvois, arrivé à la surintendance, est en quête de nouveauté ; il décide de regrouper les tableaux de Nicolas Poussin (1594-1665), représentant majeur de la peinture classique française, sur le thème de Moïse pour enfanter une nouvelle série de tapisseries. N. Poussin a peint en tout 19 tableaux qui évoquent la vie du prophète ; 8 seront retenus pour la confection de la tenture qui est aujourd’hui au coeur de l’exposition.

Au 42, avenue des Gobelins, on découvre une immense galerie quatre fois centenaire. Dès le départ, sa raison d’être est l’exposition des oeuvres. A partir de la fin des années 1970, on travaille à sa rénovation, jusqu’à la réouverture au public le 12 mai 2007, à l’occasion de son 400ème anniversaire. C’est donc dans un espace grandiose, sur deux étages, que se déploient ces « histoires tissées ».

Dans un premier temps, on revient sur l’un des pères spirituels de l’artiste ; N. Poussin, le plus italien des peintres français du temps, était vu comme un nouveau Raphaël et faisait en cela la fierté de ses compatriotes. L’exposition choisit cette analogie comme point de départ, la peinture de Poussin étant imprégnée de l’influence du maître italien et d’un goût pour l’Antiquité. Est évoqué ensuite Charles Le Brun, ce prédécesseur que le marquis de Louvois était soupçonné de ne pas aimer.

Le fameux ensemble est à l’étage ; les tapisseries sont resplendissantes après deux ans de nettoyage et de restauration. Dans ces grands formats, les tableaux de N. Poussin apparaissent repensés. Comme le relate le commissaire de l’exposition Arnauld Brejon de Lavergnée, directeur des collections du Mobilier national, ces transcriptions théâtralisaient les compositions ; on ajoutait des colonnes sur les côtés, les couleurs étaient éclatantes, les fils d’or et d’argent devaient miroiter dans la lumière des chandelles, on jouait sur les lumières rasantes. Tous ces éléments gagnent aujourd’hui une nouvelle jeunesse et s’offrent à nos yeux dans leur lieu de création.

L’exposition bénéficie de certains prêts du musée du Louvre, mais demeure un grand absent : tandis que la tapisserie et le carton représentant La Manne dans le désert sont présentés, le tableau original, trop fragile pour être déplacé, est resté au Louvre. Néanmoins, on se plaît à contempler ce carton, récente découverte d’une inspection de décembre 2011 dans les réserves. Restauré, il s’offre au jeu de la comparaison avec la tapisserie …

Aucun texte en notre possession n’évoque l’utilisation qui a été faite de cette ensemble décoratif : a-t-il rejoint Versailles ? Ou Fontainebleau ? On sait cependant que plusieurs personnes travaillaient à la confection des tapisseries, avec chacune une spécialité ; les lissiers experts dans la réalisation des figures par exemple bénéficiaient d’une reconnaissance particulière.

Ces oeuvres semblent avoir trouvé leur meilleur écrin en leur lieu de création. Elles tirent avantage d’un éclairage savant et flatteur, qui joue sur les ombres, encense les couleurs, habille les espaces vides. La scénographie est sobre, classique, mais non moins majestueuse ; les tapisseries s’offrent à l’oeil dans un lieu suffisament grand pour que s’exprime toute leur théâtralité.

 

Visuels : (c) Sarah Barry.

Espionnage et psychanalyse chez William Boyd
Cet été, l’espadrille revient à la mode
Sarah Barry

2 thoughts on “Quand Nicolas Poussin entre aux Gobelins”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    Soutenez Toute La Culture