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Les utopies de tissu d’Aurélia Jaubert à la Manufacture de Roubaix

Les utopies de tissu d’Aurélia Jaubert à la Manufacture de Roubaix

22 juillet 2021 | PAR Rudy Degardin

À la Manufacture de Roubaix, Aurélia Jaubert nous invite à Faire tapisserie. Du 26 juin au 29 août, elle nous embarque dans un voyage aussi intime que populaire à la redécouverte de ces tissus oubliés et érigées au rang d’œuvres art. 

C’est entre les murs de la Manufacture de Roubaix que l’exposition Faire tapisserie se déroule cet été. Véritable temple du textile, cette ancienne usine met en valeur le riche patrimoine matériel et humain de la ville de Roubaix. Ici, les machines à tisser, toujours en activité, racontent l’histoire de ces hommes et femmes qui ont contribué à faire au fil des siècles la réputation de la France en matière de textile.

N’oubliant pas la création contemporaine, le musée organise chaque année la biennale Objet-Textile et remet à cette occasion un prix. Pour l’année 2021, c’est l’artiste plasticienne Aurélia Jaubert qui est mise à l’honneur à travers une exposition estivale.

Une exposition haute en couleur 

Dans une grande pièce aux murs blancs, l’artiste présente des œuvres de quatre mètres de long aux couleurs criardes et aux références kitsch. Tintin, Milou, Blanche Neige et Mickey rencontrent les trois Grâces de Botticelli, qui elles-mêmes dansent non loin d’une maison en feu. Créer l’unité dans la diversité, c’est là toute la force du travail d’Aurélia Jaubert. Elle n’hésite pas à surcharger sa composition à la manière des plus flamboyantes tapisseries médiévales. Et pourtant, ses compositions baroques ne manquent pas de délicatesse. Chaque élément semble y être à sa place.

Tisser un monde nouveau

Tantôt effrayantes, tantôt envoutantes, ce sont là de véritables utopies en tissu. Peu importe que les personnages soient nés de l’esprit d’un grand maître ou issus d’un imaginaire populaire, ici, il n’y a pas de discriminations. C’est « un monde sans frontières » selon les mots de l’artiste. Et dans ce monde, les femmes sont nues, les dieux côtoient les paysans. Toutes les barrières sociales sont abolies. L’unique loi qui régit l’ensemble est celle de la perspective. En effet, chaque personnage prend place en fonction de sa taille afin de créer un ordre nouveau : l’harmonie dans l’anarchie.

Et le tout ne manque pas d’humour !

Les esprits se rencontrent

Dans cette utopie sociale, les visiteurs ne sont pas en reste. Faire tapisserie, c’est aussi une invitation à communier. Partager les mêmes références. Peu importe l’âge ou le capital culturel, chacun peut retrouver son tableau préféré, le dessin animé de son enfance ou encore la tapisserie de sa grand-mère. En mélangeant les époques, ces tapisseries anachroniques nous parlent à tous.

Et cette communion ne s’arrête pas à l’œil du visiteur. Le travail de l’artiste s’appuie aussi sur celui de centaines de mains et d’esprits qui ont confectionné toutes ces tapisseries au fil des siècles. Ces morceaux de canevas, parfois désuets ou de mauvais goût, retrouvent ici leurs lettres de noblesse en étant sortis de leur contexte et érigés au rang d’art. Ainsi, ce sont là de véritables mondes autant sur le plan esthétique que par la profusion des esprits qui s’y rencontrent.

Les travaux et les jours

Mais cela ne s’est pas fait en une journée. Pour confectionner ces tapisseries-monde, l’artiste a travaillé durant des mois. Pour les plus curieux, le projet de Stéphane Mortier, Quotidien d’atelier, nous permet d’entrevoir en quelques minutes l’origine de ces mondes !

La tapisserie dans tous ses états

Cette volonté de redonner vie aux objets oubliés ne s’arrête pas là. Faire tapisserie c’est aussi une exposition où les bandes VHS sont recyclées, tricotées et transformées en bijoux scintillants. Quant au vieil agenda de l’artiste – où est noté un rendez-vous à l’hôpital pour son accouchement – il s’insère dans l’installation Rebuts. Finalement, cette exposition est une invitation à poser un autre regard sur les objets délaissés, mais en abandonnant la morale pour laisser plus de place à l’humour.

Pour célébrer la création contemporaine, la Manufacture réunit aussi le travail d’autres artistes invités par Aurélia Jaubert.

Silvana Mc Nulty (ci-dessous), Berenice Szajner, Emmanuelle Villard, Paul Yore, Clarence Guena et Benoit Jammes y exposent à ses côtés afin de nous montrer d’autres manières de Faire tapisserie aujourd’hui, et ce, jusqu’au 26 août prochain. 

Visuel 1 : © Rudy Degardin – Toute la Culture

Visuel 2 : Aurélia jaubert, Vincent, Gustave, Sandro et les autres, 2021 © Aurélia Jaubert

Visuel 3 : Aurélia Jaubert, Penelope painting, 2020 © Aurélia jaubert 

Visuel 4 : Aurélia Jaubert , Super VHS, 2014-2017, © Aurélia Jaubert

Visuel 5 : Silvana Mc Nulty, Dans les filets du temps © Silvana Mc Nulty 

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Rudy Degardin

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