Arts

Mois de la photo : La photographie en Pologne communiste : un esprit surréaliste?

30 octobre 2010 | PAR Tiphaine Fatou

La galerie Baudoin Lebon expose à l’occasion de Mois de la Photo, des clichés rarissimes qui posent la question pertinente de l’existence d’une photographie surréaliste polonaise. On sera curieux de voir des photographies aussi troublantes que vraies et heureux de connaître ce grand pas en avant de la photographie polonaise.

C’est au sous-sol de la galerie que se trouvent les photographies provenant de l’Institut polonais. Elles datent de l’après-guerre et réinventent le paysage artistique de l’époque. En effet, les pays de l’est de l’Europe auront connu le pictorialisme, le réalisme socialiste et le photoreportage de propagande où les artistes tenteront de se démarquer dans le champ de la photographie. La Pologne communiste quant à elle visera des enjeux artistique et politique en étant nourrie par la photographie surréaliste en France. Répétitions, multiplications de certaines parties du corps comme la bouche et les seins chez Yehuda Neiman, utilisation du cheveux présente dans plusieurs photographies ici présentées, les photographes polonais font basculer le regardeur dans un pays onirique, où il y a perte de repères. L’une des images exposées montre des petits tas de mèches de cheveux. Elle fait alors immédiatement penser à « Élevage de poussière » de Marcel Duchamp. Les artistes expérimentent, ils utilisent le flou, le fragment, s’amusent de la forme. L’un des photomontages présentés au dernier sous-sol donne à voir un corps de femme géante en arrière-plan. Le tout se fond dans un paysage bucolique Tout est faux mais c’est comme si on rêvait éveillé, lorsque tout se mélange dans nos têtes et que tout semble vrai. Un bébé ,un guépard dans la même image, la photographie déstabilise tout en ayant une force inouïe. Un regard neuf est présent dans toutes ces images. Un regard porté sur le corps, sur la vie, sur nos horizons. Les surréalistes polonais auront recours comme leurs compères français au mannequin, symbole d’un corps fait de mesures. Pourtant, ils se démarquent de ces derniers. Le regard est peut-être plus perturbé, plus atteint. Il s’agit là d’un autre univers qui parle de politique. Poétique et politique peuvent-elles faire bon ménage? Ici, elle apparaît en silence et laisse plutôt place à une réflexion sur l’existence. Il y a également cette série un peu en retrait des autres représentant un bâtiment plus ou moins en ruine. On dirait même une architecture du Moyen-Âge. Le partit pris est ici de créer quelque chose avec les fenêtres, les orifices de ces bâtisses. Les photos semblent d’un autre siècle. Elles sont moins riches que leurs voisines. Néanmoins, on ressort de chez Baudoin Lebon avec des flashs de cette photographie polonaise qui surprend et qui à mes yeux a sa place dans le monde surréaliste.

La photographie en Pologne communiste: un esprit surréaliste?, 28 octobre 2010 – 4 décembre 2010, Institut polonais à la Galerie Baudoin Lebon, 38 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie,  Paris 4e, M° Hôtel de Ville ou Rambuteau. Du mardi au samedi, de 11h à 19h, entrée libre.

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Tiphaine Fatou

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