Arts
L’Orient méditerranéen dans l’Empire romain : ouverture des nouvelles salles au Louvre

L’Orient méditerranéen dans l’Empire romain : ouverture des nouvelles salles au Louvre

20 septembre 2012 | PAR Sarah Barry

En parallèle de l’ouverture en grandes pompes des nouveaux espaces du département des arts de l’Islam (voir notre article), le musée du Louvre présente les salles réunissant les collections des provinces orientales de l’Empire romain. Selon un projet qui remonte aux années 1980, ces objets qui étaient répartis dans les trois départements d’antiquités du Louvre se retrouvent pour la première fois au sein d’un ensemble cohérent, et permanent. Présentation d’une collection témoignant d’une époque et d’une aire géographique où différentes traditions artistiques se mélangèrent, s’assimilèrent, pour parfois créer une culture à part entière.

C’est autour des nouveaux aménagements consacrés aux arts de l’Islam que se déploient les collections de l’Orient méditerranéen. D’importantes campagnes de restauration ont été menées de 1997 à 2010 en vue de ce projet. Les oeuvres se parent d’un aspect étonnamment frais et vivant, à l’image des portraits peints égyptiens, où apparaissent des visages millénaires qui semblent nés d’hier. Une première section, sur plusieurs niveaux, est dédiée à la domination romaine qui s’étend sur l’Orient du Ier siècle avant JC au IV siècle après JC : y sont évoqués différentes formes de pratiques funéraires, cultuelles ou encore vestimentaires, et ce en Egypte, au Proche-Orient, en Nubie, etc. La deuxième séquence se penche quant à elle sur les vestiges de l’Egypte copte.

Sont donc rassemblés des objets qui étaient auparavant dispatchés dans différents départements selon des paramètres essentiellement stylistiques : les plus hellénisants étaient envoyés au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, quand ceux qui étaient plus imprégnés d’une tradition locale rejoignaient le département des Antiquités égyptiennes ou celui des Antiquités orientales. Car dans ses conquêtes et son désir d’unification, l’Empire romain bénéficie d’un premier « travail de normalisation » induit par le passage d’Alexandre le Grand et de la culture hellénique, à laquelle le monde romain s’identifie, si bien que l’on parle de « culture gréco-romaine ». Les populations de l’Orient méditerranéen ont déjà adopté le modèle de la cité grecque, et introduisent des caractéristiques iconographiques et stylistiques propres à l’univers gréco-romain dans les représentations qu’ils font de leurs dieux, qu’ils soient araméens, égyptiens, syriens ou arabes. On parle d’un phénomène d’acculturation, qui fonctionne d’ailleurs dans les deux sens : si par exemple certaines évocations imagées de dieux du Proche-Orient se parent de motifs propres aux modèles romains, comme la figure de l’empereur, ce même empereur est parfois représenté coiffé du némès, une coiffure typiquement égyptienne. Les Romains font d’ailleurs preuve d’une tolérance religieuse particulière, en faisant de certaines figures étrangères des divinités à part entière de l’Empire, comme Isis ou Anubis. Ce sont donc des populations véritablement mixtes qui habitent certaines régions de la Méditerranée orientale, des populations qui mêlent souvent dans une même création influence gréco-romaine et persistance, parfois tenace, de traditions locales. Ces associations, alliées aux anciennes correspondances que les Grecs, les Egyptiens et les Romains font entre leurs dieux, donnent naissance à de nouvelles formes de pratiques religieuses et à des aspects inédits dans les attributions des divinités.

Une représentation en bronze doré de Jupiter Héliopolitain témoigne de ces phénomènes. Cet objet, connu sous le nom de « bronze Sursock », provient du Liban et associe deux iconographies : celle des Baal syriens, dieux de l’orage, et celle de Jupiter, dieu romain du ciel et de la foudre, entre autres patronnages. Il s’agit donc d’un Jupiter selon le type oriental, qui cumule l’image du dieu de l’orage traditionnel (attitude générale), la référence au roi des dieux romain, des motifs iconographiques gréco-romains et égyptisants (kalathos par exemple) ainsi qu’un goût nouveau pour l’astrologie (disque solaire, motifs stellaires). L’oeuvre évoque donc à la fois ce processus d’assimilation entre différentes traditions, mais aussi les innovations qui en résultent, à l’image notamment de cet aspect cosmologique développé par le Jupiter d’Héliopolis.

Le musée du Louvre propose donc un parcours dont le discours nouveau interpelle et intéresse, tandis qu’il jongle ainsi entre des traditions antiques et familières vues sous un jour nouveau : il attire véritablement le regard du visiteur sur l’entremêlement qu’elles ont connu dans un espace spatio-temporel particulier, chose qui n’apparaissait pas forcément lorsque les objets étaient distribués dans des parcours moins spécifiques. La scénographie ne se montre en revanche pas très audacieuse, si on la compare aux nouveaux espaces des arts de l’Islam, elle semble même un peu monotone quand les éclairages se doivent sans doute de ménager des matières fragiles. Mais elle permet d’insérer cette collection de façon presque inaperçue dans le parcours général des antiquités du Louvre, où elle a trouvé sa juste place.

 

Visuels : (c) Sarah Barry

Image à la une : Portrait de femme dite « L’Européenne », Egypte, 1ère moitié du IIème siècle ap JC

Grand-format d’entête : Salle des pratiques funéraires, des statues et du mobilier du culte dans les provinces orientales de l’Empire romain

Photographie 1 : Portraits funéraires, Egypte, IIème et IIIème siècles ap JC

Photographie 2 : Stèle funéraire, Egypte, 3ème quart du Ier siècle ap JC

Photographie 3 : Jupiter Héliopolitain, Liban, époque romaine

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Sarah Barry

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