Arts

Little Fukushima : un feu qui continue à bruler

Little Fukushima : un feu qui continue à bruler

02 mars 2012 | PAR Celeste Bronzetti

Un an après la catastrophe nucléaire de Fukushima, à la Cité Internationale des arts de Paris, une bougie brule la date 11032011 en cire, pendant deux jours. Elle a été allumée le jours du vernissage de cette exposition qui s’annonçait touchante. Elle est là pour rappeler que la combustion est loin de son épuisement définitif. Ce sont les curators qui explicitent dans l’agréable présentation de l’exposition qu’ils nous ont accordé : « On voulait rappeler, à travers l’art, que la calamité est encore en train de se consommer ».

L’exposition, sur quatre niveaux, devient un parcours ascendant de rapprochement à Fukushima, une réalité encore existante, qui ne peut pas être réduite à une commémoration. Little Fukushima, le nom de l’exposition, présente aussi plusieurs niveaux de sens : le renvoi à Little boy, appellation de la bombe atomique larguée sur Hiroshima en 1945, n’a pas besoin d’être suggérée, mais la référence à une nouvelle naissance et au monde de l’enfance est fondamentale pour comprendre l’idée à la base de l’exposition.
Des taches de couleurs le plus souvent inattendues renvoient tout au long du parcours au vif espoir de la reconstruction future. Au premier niveau, celui consacré à l’eau, les teintes vivaces de A new perspective for perspective, œuvre-performance de Amande In, dominent pendant leur fusion sur la toile blanche étalée par l’artiste au sol. « L’eau est présente dans la nature en toutes ses formes », nous explique l’artiste, « À travers cette installation, qui est en même temps, peinture et sculpture, j’ai voulu suggérer une forme de respect qu’on devrait montrer vers la nature et ses transformations ». Des petites sculptures d’eau colorée se fondent sur la toile, laissant des traces dont la forme est imprévisible, impondérable.
On poursuit le parcours au niveau maison, toujours accompagnés par M.me Nashimura qui nous montre l’image d’une plante stylisée. Asami explique : « Cet artiste parle du phénomène des plantes qui continuent à pousser dans les lieux les plus touchés par la contamination. Il paraît que depuis que les hommes ne sont plus là, elles poussent encore plus vite ». La demande de respect persévère.

C’est une prise de conscience discrète mais aiguë, pénétrante, celle que les œuvres présentées suscitent: il faudrait parfois renverser la perspective qu’on essaie de nous imposer, pour observer, enfin, la réalité en face. C’est surtout au niveau terre que ce message semble nous arriver distinctement.
Les photos retournées d’une voiture submergée, œuvre de Adèle Husson, essaient de le montrer.
Et voilà pourquoi le regard d’un enfant, très à l’aise dans tout renversement logique, peut dévoiler sans hypocrisie comment les messages véhiculés par les médias peuvent déformer l’histoire. Les réponses données par les enfants protagonistes de Radiant Future, à la question : « Avez-vous entendu parler de Fukushima? » sont étalées sur le mur . On est au dernier niveau, celui dédié à l’ air.

 

 

Une douce berceuse accompagne la dernière partie de notre visite et elle continuera à résonner encore après. Elle a été écrite et chantée devant la mer, sur les rives de Taïwan dix jours après l’explosion nucléaire par Jean-Philippe Basello, afin d’apaiser les eaux et les persuader à ne pas s’acharner sur les hommes. Cette douce voix s’est confiée au vent, à l’air du dernier étage de l’exposition; sur un mur on peut contempler les pages frissonnantes du journal qui en contient les paroles, filmé au moment où cette voix poétique essaie d’endormir la mer.
Cette mélodie nous accompagne à la sortie, après laquelle la réflexion continue, Autour du temps, comme le titre de l’œuvre de l’un des curators, Jean-Luc Vilmouth, le suggère. Autour du temps qui continue à s’ écouler, autour des vies qui poursuivent tous les jours leur combat, autour des conséquences méconnues et cachées qu’une catastrophe comme celle de Fukushima a sur l’existence des enfants qui « ne pourront pas devenir des adultes ».

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Celeste Bronzetti

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